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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304188

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304188

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET ABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 novembre 2023, Mme B, représentée par Me Licini, demande au juge des référés de :

1°) désigner un expert, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, afin de déterminer et évaluer les préjudices subis suite à sa chute provoquée par une lame d'acier sur la voie publique, le 7 juillet 2023 à Avignon.

2°) condamner la commune d'Avignon à lui verser une indemnité provisionnelle d'un montant de 7 500 euros.

3°) condamner solidairement la commune à lui payer la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-le 7 juillet 2023, elle a trébuché en raison d'une lame d'acier présente sur la voie publique

-sa chute résulte d'un défaut d'entretien de la voie publique par la commune ce qui engage sa responsabilité

- le défaut d'entretien de la voie publique est absolu ;

- elle n'a commis aucune faute.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, la commune d'Avignon conclut :

1°) à titre principal, que la responsabilité de la commune d'Avignon ne trouve pas à s'appliquer dans ce dossier, que la commune d'Avignon soit mise hors de cause et que la requête soit rejetée comme étant mal dirigée ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête et des prétentions de Mme B ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, donner acte à l'exposant de ce qu'elle prononce toutes les protestations et réserves d'usage sur la demande expertale ;

4°) en tout état de cause, condamner la société Orange à relever et garantir la commune d'Avignon de toutes condamnations qui pourraient être prononcées contre elle, mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'exposante et non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- la plaque qui serait à l'origine de la chute de la requérante appartient à la société Orange ;

- il n'existe pas de lien de causalité entre les circonstances exactes de l'accident et un défaut d'entretien normal de l'ouvrage ;

- Mme B a fait preuve d'imprudence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article article 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mise hors de cause de la commune d'Avignon :

1. En l'état de l'instruction, alors que la présente procédure ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction ou de constat ne faisant pas préjudice au principal, et qu'il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur le fondement juridique sur lequel la commune d'Avignon est susceptible de voir sa responsabilité recherchée, sa participation aux opérations d'expertise ou de constat n'apparaît pas inutile, eu égard à la nature du désordre en cause. Par suite, sa demande tendant à ce qu'elle soit mise hors de cause doit être rejetée.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

3. Les mesures d'expertise demandées par Mme B entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de provision :

4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

5. La mesure d'expertise sollicitée dans la présente requête a précisément pour but d'apporter tous éléments utiles pour apprécier l'existence et l'étendue des préjudices subis par Mme B. A ce titre, la créance dont se prévaut la requérante à l'encontre de la commune d'Avignon ne peut être qualifiée d'obligation non sérieusement contestable au sens des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Ainsi, les conclusions aux fins de condamnation au versement d'une provision présentée par Mme B, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives à la prise en charge des frais et honoraires de l'expertise

6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".

7. Il résulte de ces dispositions que la mise à la charge définitive des dépens relève de la compétence du juge du fond qui, sous réserve de dispositions spéciales et sauf circonstances particulières de l'affaire, doit mettre ces dépenses à la charge de la partie perdante. Par suite, les conclusions de Mme B, tendant à ce que le juge des référés statue sur les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. le Pr A D, domicilié 6 traverse des Hussard, La Closerie à Marseille (13005) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) Prendre connaissance de l'entier dossier médical de B ; procéder à son examen, recueillir ses doléances, décrire son état de santé actuel et son état de santé antérieur à l'accident survenu le 7 juillet 2023, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les lésions ou leurs séquelles ;

2°) Entendre les différentes parties et tout sachant dont l'avis pourrait être utile à l'accomplissement de sa mission ;

3°) Décrire les blessures et séquelles relatives à cet accident ;

4°) Fixer la date de consolidation des blessures, en l'absence de consolidation, dire à quelle date il conviendra de revoir la victime ;

5°) Décrire et évaluer tous les préjudices en lien direct et certain avec l'accident, patrimoniaux et non patrimoniaux, permanents et temporaires, notamment, le cas échéant, les déficits fonctionnels temporaire et permanent, les souffrances endurées, les préjudices esthétiques temporaire et permanent, le préjudice d'agrément, ou tout autre préjudice, résultant de l'accident, notamment, les frais médicaux, qui ne lui auraient pas été remboursés.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence l'ensemble des parties.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe en un exemplaire, sous format dématérialisé, avant le 30 septembre 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B, à la commune d'Avignon, à la SA Orange et à M. le Pr A D, expert.

Fait à Nîmes, le 24 avril 2024.

Le juge des référés,

P. C

La République mande et ordonne au préfet du Gard ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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