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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304195

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304195

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFLAMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 novembre 2023 et 8 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Flamant, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le service départemental d'incendie et de secours de la Lozère à lui verser une provision de 2 741,92 euros au titre des congés annuels non pris au titre de l'année 2023 assortie des intérêts à taux légal à compter du 5 novembre 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il bénéficie d'une créance de douze jours et demi de congés annuels non pris au titre de l'année 2023, son traitement mensuel net étant de 6 672 euros, il est donc fondé à demander une provision de 2 741,92 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le service départemental d'incendie et de secours de la Lozère, représenté par Me Allegret-Dimanche, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. B a formulé une demande indemnitaire préalable le 2 novembre 2023 réceptionnée le 14 novembre 2023 et qu'il a introduit sa requête contentieuse indemnitaire sans attendre la réponse à sa demande préalable ;

- il n'est pas redevable d'une indemnité compensatrice dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit le versement d'une indemnité compensatrice lorsque le fonctionnaire n'a pas pris ses congés ;

- il a informé le SDIS de l'Indre du nombre de congés annuels restants du requérant et en acceptant cette mutation le SDIS de l'Indre a accepté la reprise de ses congés ;

- le requérant a bénéficié de l'ouverture d'un compte épargne temps et aucun élément ne permet de supposer que le SDIS de l'Indre n'aurait pas accepté la reprise de ses congés ;

- aucun élément ne permet de déterminer l'existence d'une créance à hauteur de 2 741,92 euros ;

- en tout état de cause, le requérant n'a pas formulé de monétisation de ses congés avant son départ de sorte que ces derniers ne pouvaient qu'être reportés ou capitalisés sur son compte épargne temps.

Le président du tribunal a désigné Mme Boyer, présidente de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n° 2004-878 du 26 août 2004 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique territoriale modifié ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, directeur départemental des services d'incendie et de secours (SDIS) de la Lozère a été radié des effectifs à compter du 1er octobre 2023 suite à son recrutement par voie de mutation par le SDIS de l'Indre. Le SDIS de la Lozère a informé l'établissement d'accueil de ce que M. B disposait d'un solde de congés annuels de douze jours et demi et d'un solde de compte épargne temps à hauteur de huit jours. M. B a, par courrier du 2 novembre 2023, demandé au SDIS de la Lozère le paiement de la somme de 2 741,92 euros, correspondant aux jours de congés non pris. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés la condamnation du SDIS de la Lozère au versement d'une provision de ce même montant.

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

Sur le caractère non sérieusement contestable de l'obligation :

3. D'une part, aux termes de l'article 5 du décret du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux : " Sous réserve des dispositions de l'article précédent, le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par l'autorité territoriale. / Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. ".

4.D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret n°2004-878 du 26 août 2004 relatif au compte épargne-temps dans la fonction publique territoriale modifié : " Le compte épargne-temps est alimenté par le report de jours de réduction du temps de travail et par le report de congés annuels tels que prévus par le décret du 26 novembre 1985 susvisé, sans que le nombre de jours de congés annuels pris dans l'année puisse être inférieur à vingt. () ". Aux termes de l'article 9 du même décret : " I.- L'agent conserve le bénéfice des droits aux congés acquis au titre du compte épargne-temps : 1° En cas de changement de collectivité ou d'établissement mentionné à l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée par voie de mutation, d'intégration directe ou de détachement ; () Dans le cas mentionné au 1°, les droits sont ouverts et la gestion du compte épargne-temps est assurée par la collectivité ou l'établissement d'accueil. ".

5. Il résulte de l'instruction que les jours, pour lesquels M. B demande une indemnisation auprès du SDIS de la Lozère, correspondent à douze jours et demi dus au titre de ses congés annuels de l'année 2023 et non pris avant sa mutation au SDIS de l'Indre. Toutefois, d'une part il résulte de ce qui a été rappelé au point 3 qu'un congé non pris ne peut donner lieu à monétisation, d'autre part, M. B, a bénéficié, en application de l'article 9 précité du décret n°2004-878 du 26 août 2004, du transfert des droits qu'il a acquis au titre du compte épargne-temps, qui doivent être ouverts et gérés par le SDIS de l'Indre lequel prend en compte les reports de congé autorisés. Dès lors, l'existence de l'obligation dont l'intéressé se prévaut à l'égard du SDIS de Lozère ne présente pas le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions de l'article R.541-1 du code de justice administrative précitées.

6.Par suite, les conclusions de M. B, tendant au versement d'une provision assortie des intérêts au taux légal, doivent être rejetées.

Sur les demandes présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

7.Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise sur leur fondement à la charge du SDIS de Lozère qui n'est pas la partie perdante. Il n'y a cependant pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. B la somme que le SDIS de Lozère demande sur le même fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le SDIS de Lozère au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours de la Lozère.

Fait à Nîmes, le 30 janvier 2024.

La juge des référés,

C. BOYER

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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