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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304464

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304464

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP BREUILLOT - VARO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a examiné la requête de M. A, de nationalité marocaine, contestant le refus de la préfète de Vaucluse d’autoriser le regroupement familial pour son épouse, fondé sur l’insuffisance de ses ressources. Le tribunal a rejeté le moyen tiré de l’incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il a également écarté l’application de l’exception prévue à l’article L. 434-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, car M. A, bien que résidant en France depuis plus de vingt-cinq ans, n’avait pas atteint l’âge de soixante-cinq ans à la date de la décision attaquée. En conséquence, le tribunal a rejeté la requête, confirmant la légalité du refus fondé sur les articles L. 434-7 et L. 434-8 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2023, M. M'hamed A, représenté par la SELARL Breuillot et avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2023 par laquelle la préfète de Vaucluse a refusé sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse, à titre principal, d'autoriser le regroupement familial sollicité et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'acte n'est pas établie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne lui sont pas applicables dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans.

Le préfet de Vaucluse n'a pas produit d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cambrezy.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité marocaine, né le 1er janvier 1957, est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 5 mai 2028. Il a présenté le 24 novembre 2022 une demande de regroupement familial en faveur de son fils, M. D A, et de son épouse, Mme C E. Par une décision du 2 juin 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande au motif que le niveau de ses ressources était insuffisant. Par courrier du 31 juillet 2023,

M. A s'est désisté de sa demande en ce qu'elle concerne son fis. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de refus le 31 septembre 2023. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, d'une part, la décision du 2 juin 2023 a été signée pour la préfète de Vaucluse par M. B, sous-préfet, qui disposait, aux termes d'un arrêté du 9 décembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Par suite, ne peut qu'être écarté le moyen tiré de ce que le signataire des arrêtés attaqués ne justifiait pas d'une délégation de signature régulière.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables () lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ".

4. D'autre part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

5. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. A en faveur de son épouse et de son fils, la préfète de Vaucluse s'est fondée sur la circonstance qu'il ne justifiait pas de ressources suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille, la moyenne nette mensuelle de ses revenus de 623 euros, calculée sur la base des douze derniers mois, étant inférieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance de référence qui s'élevait alors, pour une famille de trois personnes, à 1 290,42 euros. A l'appui de sa requête, M. A ne conteste pas l'appréciation faite par la préfète de Vaucluse de son niveau de ressources. Si dans le cadre du recours gracieux qu'il affirme avoir présenté le 31 juillet 2023, l'intéressé a déclaré se désister de sa demande de regroupement familial en ce qu'elle concerne son fils au profit de sa seule épouse, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, la préfète de Vaucluse n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées en rejetant la demande de regroupement familial présentée par M. A.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M'hamed A et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

M. Cambrezy, conseiller,

Mme Mazars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2025.

Le rapporteur,

G. CAMBREZY

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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