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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304492

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304492

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBADJIOUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023, M. D C, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- l'annulation de l'arrêté n° 2023-30-290/BEA du 29 novembre 2023, par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée de trois ans et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation au regard de sa vie privée dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; -

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en contrepartie de son désistement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la motivation est insuffisante ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative à la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour :

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

- la décision méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du CESEDA ; le préfet n'a pas apprécié les critères de manière cumulative et a fait primer des critères dont il n'est pas aisé de démontrer le respect ; la décision est prise pour trois années alors que l'intitulé de l'arrêté vise une durée de deux ans.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 20décembre 2023 :

- le rapport de M. Abauzit.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. D C à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. M. D C, ressortissant tunisien né le 29 juillet 1997 à Sousse (Tunisie), entré en France le 27 aout 2018 avec un visa étudiant, demande l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023, par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée de trois ans et fixe son pays de renvoi. Par un arrêté du 15 juillet 2021 le préfet de l'Hérault avait refusé de renouveler le titre de séjour " étudiant " du requérant, et l'avait obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

3. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Gard par Mme B A cheffe du bureau de l'éloignement et de l'asile de la préfecture du Gard. Par un arrêté du 21 août 2023, publié le 22 août au recueil des actes administratifs spécial n° 30.2023-098 de la préfecture du Gard, Mme A a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet du Gard toutes décisions ayant trait à l'éloignement et en particulier les arrêtés d'obligations de quitter le territoire et d'interdiction de retour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

4. L'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire, que M. C se maintient de manière irrégulière depuis le 15 juillet 2021 sur le territoire français et qu'il n'a pas déposé de nouvelle demande de titre de séjour, s'agissant de la décision fixant le pays de destination que M. C est de nationalité tunisienne et qu'il ne justifie pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant de l'interdiction de retour, le préfet mentionne que l'intéressé ne démontre pas avoir des liens anciens avec la France, qu'il a une tante en France, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen particulier doit dès lors être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En l'espèce M. C, arrivé en France en aout 2018, n'y a été admis que pour y suivre des études, qu'il n'a pas réussies, et n'y a pas de charge de famille. Il n'est pas isolé en Tunisie, qu'il a quittée à l'âge de 21 ans, où réside sa famille. Depuis le 15 juillet 2021 il est en situation irrégulière. Dans ces conditions l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de maîtrise de l'immigration irrégulière en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. C.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

7. Il ressort de la lecture de la décision attaquée que pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour le préfet a pris en considération l'entrée en France comme étudiant en 2018, l'absence de liens anciens en France, la présence de sa famille en Tunisie, le fait que l'intéressé a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et l'absence de menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision, en fixant à trois années la durée de l'interdiction, n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la situation du requérant et ne constitue pas une mesure disproportionnée.

8. La circonstance que le titre de l'arrêté attaqué mentionne par erreur une durée d'interdiction de deux ans alors que la décision porte sur trois ans est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, le titre d'un acte administratif étant dépourvu de portée juridique.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: M. D C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet du Gard et à Me Badji Ouali.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304492

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