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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304498

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304498

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 2, 8 et 11 décembre 2023, la SCI Saint Ferréol, représentée par Me Faryssy, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 novembre 2023 par lequel le maire de la commune de Bollène a constaté la caducité du permis de construire qui lui a été délivré le 5 mars 2019 pour la réalisation de travaux consistant à la réhabilitation du château Saint Ferréol, la construction d'un bâtiment devant accueillir une salle de réception, la création de soixante-dix-neuf places de stationnement et des aménagements du terrain d'assiette ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bollène la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite car l'exécution de la décision en litige, qui s'oppose à la poursuite des travaux déjà débutés, aura des conséquences graves et immédiates sur la situation financière de son gérant et sur la préservation du château en cours de rénovation, dont les menuiseries ont été retirées et dont certains éléments sont fragilisés et des parties déjà partiellement édifiées du bâtiment de réception ;

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de sa signataire ;

- son édiction n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire et aucun procès-verbal d'infraction ne lui a été préalablement communiqué ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de fait car des travaux significatifs ont été entrepris au début de l'année 2020 et n'ont jamais été interrompus depuis, notamment durant l'année 2022.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 et 9 décembre 2023, la commune de Bollène, représentée par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Saint Ferréol en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la société requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige, fondé à bon droit sur l'absence de tout travaux significatifs effectués entre le 14 mars 2022 et le 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 11 décembre 2023 à 14 heures en présence de Mme Paquier, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Roux, juge des référés ;

- les observations de Me Farissy, représentant la SCI Château Saint Ferréol, qui a repris et développé les moyens invoqués dans ses écritures, en insistant sur le caractère global du projet autorisé et la nature des travaux poursuivis sur la période d'une année sur laquelle est fondée la caducité retenue ; et de Me Cazin, représentant la commune de Bollène, qui a indiqué que le respect de la condition d'urgence n'était pas contesté et a repris et développé les moyens opposés dans ses écritures, en insistant sur l'absence de nécessité de mettre en œuvre une procédure contradictoire préalable à l'édiction d'un arrêté constatant la caducité d'un permis de construire qui ne saurait être confondu avec un arrêté interruptif de travaux, la situation de compétence liée dans laquelle se serait trouvé le maire pour prendre sa décision et l'insignifiance des travaux effectués sur la période en cause au regard de l'ampleur du projet global initialement autorisé ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 5 mars 2019, le maire de Bollène a délivré à la SCI Saint Férreol un permis l'autorisant à réaliser des travaux de réhabilitation du château Saint Ferréol et de construction d'un nouveau bâtiment destiné à accueillir une salle de réception de 741 mètres carrés, ainsi qu'à aménager soixante-dix-neuf places de stationnement sur un terrain composé des parcelles cadastrées C n° 399, 401 et 403 du territoire de cette commune. Puis, le maire de Bollène a constaté la caducité de ce permis par un arrêté du 13 novembre 2023 de l'exécution duquel la SCI Saint Ferréol demande la suspension.

2. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

Sur les moyens propres à faire naître un doute sérieux :

3. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction en vigueur à la date de délivrance du permis de construire du 5 mars 2019 : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. / () ". Pour constater la caducité du permis notifié à la SCI Saint Ferréol le 14 mars 2019, le maire de Bollène s'est fondé sur l'absence de réalisation de travaux d'une ampleur suffisante sur la période d'une durée excédant une année, allant du 14 mars 2022 au début du mois de juillet 2023, en application des dispositions précitées de l'article R. 424-17.

4. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par la SCI Château Saint Ferréol, relatifs à l'incompétence du signataire et au défaut de motivation de l'arrêté contesté, à l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire et de communication d'un procès-verbal d'infraction préalables à son édiction et à l'erreur de fait qu'aurait commis le maire de Bollène au regard de l'importance des travaux entrepris sur la période allant du 14 mars 2022 au début du mois de juillet 2023, qui permettrait d'écarter toute caducité du permis dont elle bénéficie, ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 13 novembre 2023.

5. Il résulte de ce qui précède que la SCI Château Saint Ferréol n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 novembre 2023. Les conclusions qu'elle a présentées à cette fin ne peuvent dès lors, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions à fin de suspension présentées par la SCI Château Saint Ferréol, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par cette société doivent donc être également rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Bollène qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur leur fondement au titre des frais exposés par la commune de Bollène et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de la SCI Saint Ferréol est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune de Bollène est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Saint Ferréol et à la commune de Bollène.

Fait à Nîmes, le 13 décembre 2023.

Le juge des référés,

G. ROUX

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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