mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304642 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GUNDES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, M. A E, représenté par Me Gundes, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 12 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté en date du 12 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de l'OQTF :
- la décision est entaché d'un vice d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle n'a pas été précédée d'un débat contradictoire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'interdiction de retour :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'assignation à résidence :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il n'est pas suffisamment motivé ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour le préfet d'établir que l'éloignement sera effectif à bref délai ou de justifier de diligences effectuées à cet effet.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Aucune partie n'ayant été présente, a été entendu au cours de l'audience publique du 19 décembre 2023, le rapport de M. B ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, de nationalité turque, affirme être entré en France le 29 mai 2019 sous couvert d'un visa court séjour qui expirait le 17 juin 2019 et a déposé une demande d'asile le 16 décembre 2019, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 7 décembre 2021. Le recours qu'il a exercé contre cette décision auprès de la Cour nationale du droit d'asile a été également rejeté, le 1er juin 2022. Par un premier arrêté du 12 décembre 2023 le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an, et par un second arrêté du même jour l'a assigné à résidence.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". La demande d'asile des requérants ayant été définitivement rejetée le préfet du Gard était fondé à faire application des dispositions précitées.
4. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Gard par Mme D C, attachée d'administration de l'Etat et cheffe du bureau de l'éloignement et de l'asile de la préfecture du Gard. Par un arrêté du 21 août 2023, publié le 22 août au recueil des actes administratifs spécial n° 30.2023-098 de la préfecture du Gard, Mme C a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet du Gard toutes décisions ayant trait à l'éloignement et en particulier les décisions d'obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français doit, dès lors, être écarté.
5. La décision portant obligation de quitter le territoire français énonce les considérations de droit et de fait qui la fondent, notamment relatives à la situation administrative et personnelle de M. E sur le territoire français. Le moyen tiré de ce qu'elle ne serait pas suffisamment motivée manque en fait et cette motivation ne révèle pas de défaut d'examen particulier de la situation du requérant.
6. Ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
7. Lorsqu'un étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, il ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un tel titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, de faire valoir toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne leurs décisions, n'impose pas à l'autorité préfectorale de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui fait suite au refus de titre de séjour au titre de l'asile. En l'espèce, M. E n'établit pas qu'à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis de la Cour nationale du droit d'asile, il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Le requérant, né le 2 mai 1982, célibataire et sans enfant, ne justifie ni de la date exacte de son entrée en France au cours de l'année 2019 à la fin de laquelle il a déposé sa demande d'asile, ni même s'y être maintenu depuis. En sa qualité de demandeur d'asile débouté, il n'a pas vocation à se maintenir sur le territoire national. Il ne justifie d'aucune intégration en France ni être dépourvu de famille dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. La seule circonstance invoquée, au demeurant non établie, que son frère résiderait depuis plusieurs années sur le sol français où il aurait fondé une famille et travaillerait régulièrement ne suffit à démontrer que la mesure d'éloignement en cause porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni que le préfet du Gard aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
10. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. Pour les motifs énoncés aux points 3 à 10, M. E n'est pas fondé à soutenir, par voie d'exception, que l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée serait illégale et que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant n'avance aucun élément établissant les risques personnels encourus en cas de retour en Turquie et ne fait état, en tout état de cause, d'aucune circonstance nouvelle quant à la matérialité des faits tels qu'ils ont été exposés devant la cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 précité doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
14. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que l'interdiction de retour d'une durée d'un an porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite et compte tenu des motifs énoncés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Le requérant n'est donc pas fondé à demander l'annulation de cette décision.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
15. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Gard par Mme D C, au bénéfice de la délégation de signature citée au point 4 du présent jugement dont la portée s'étend à toutes décisions ayant trait à l'éloignement et en particulier les décisions d'assignation à résidence. L'incompétence invoquée du signataire de cet arrêté manque en fait et doit, dès lors, être écartée.
16. L'arrêté attaqué énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait qui le fondent, notamment relatives à la situation personnelle de M. E en France, à ses conditions d'hébergement et aux garanties de représentation qu'il présente. Il est donc suffisamment motivé et cette motivation ne révèle aucun défaut d'examen particulier de sa situation.
17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
18. M. E se borne à soutenir que ces dispositions auraient été méconnues dès lors que le préfet ne justifierait que son éloignement sera effectué à bref délai ni de diligences entreprises à cette fin. Or, tel qu'il a été dit, l'intéressé a fait l'objet, le jour même de son assignation à résidence, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Le moyen invoqué doit être écarté.
19. Il s'ensuit que le requérant n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de la décision l'ayant assigné à résidence.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demande l'annulation des deux arrêtés pris à son encontre le 12 décembre 2023 par le préfet du Gard et que les conclusions présentées à cette fin ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. E demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Gard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
G. BLa greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026