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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304667

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304667

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantALLOUCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Allouch, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 23/84/815G du 13 décembre 2023, par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi, et d'annuler le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- le droit d'être entendu n'a pas été respecté ;

- la motivation est insuffisante ;

- la décision viole les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article L. 612-6 du CESEDA ; :il justifie de l'existence de circonstances humanitaires, avec la présence d'un enfant handicapé.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'OQTF.

Par un mémoire enregistré le 17 janvier 2024 la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 janvier 2024 :

- le rapport de M. Abauzit.

- les observation de Me Allouch, pour M. C, et de M. B, employeur de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, né le 11 novembre 1988 à Malazgrit (Turquie), de nationalité turque, demande l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2023, par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi. Cet acte a été pris après son interpellation par les services de gendarmerie dans le cadre d'un contrôle routier. M. C avait été débouté de sa demande d'asile, et avait fait l'objet d'un arrêté de la préfète de Vaucluse en date du 2 juin 2023, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, à la suite duquel M. C avait fait une demande de réexamen rejetée par l'OFPRA comme irrecevable le 23 juin 2023.

2. Par un arrêté du 7 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 84-2023-150, la préfète de Vaucluse a accordé à Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, délégation à l'effet de signer l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". L'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire, que M. C est entré clandestinement sur le territoire, que sa demande d'asile a été rejetée, de même que sa demande de réexamen, et que l'intéressé n'a pas présenté de demande de régularisation. S'agissant de l'interdiction de retour, la préfète mentionne que l'intéressé est entré irrégulièrement en France, qu'il ne démontre pas avoir des liens anciens avec la France, son épouse et ses enfants se trouvant en Turquie, et qu'il ne justifie pas avoir quitté le territoire français en dépit d'une précédente obligation de quitter le territoire prise le 13 juin 2023. Enfin la préfète mentionne que le requérant ne justifie pas courir de risques en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, en violation des dispositions de l'article L. 613-1 précité, révélant un défaut d'examen particulier doit dès lors être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le fondement légal de la mesure d'éloignement du requérant, qui ne peut justifier de la régularité de son entrée sur le territoire français et qui est dépourvu de titre de séjour, soit erroné.

5. M. C, dont la situation a été examinée par les services de gendarmerie, qui l'ont entendu a été en mesure de porter tous éléments pertinents à la connaissance de l'administration avant l'intervention de la mesure d'éloignement en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait été fait obstacle ou qu'il aurait été empêché de le faire. En outre, le requérant, qui se borne à faire valoir qu'il n'a bénéficié que d'un délai restreint pour faire valoir la spécificité de sa situation de demandeur d'asile et d'informations importantes concernant son insertion professionnelle et sociale ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il n'aurait pas été à même de faire valoir et qui aurait pu avoir une influence sur le contenu de l'arrêté contesté. Par suite, il ne peut pas être regardé comme ayant été privé de son droit à être entendu, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En l'espèce M. C ne justifie pas ne pas poursuivre sa vie privée en Turquie du fait des sanctions encourues pour ses engagements politiques. La circonstance que M. C entend avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés n'est pas opposable à l'administration, eu égard au caractère clandestin de l'entrée et des conditions du séjour de l'intéressé, et à la présence en Turquie de sa famille nucléaire. Dans ces conditions l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de maîtrise de l'immigration irrégulière en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. C, qui soutient que la décision peut entraîner pour lui des conséquences d'une gravité exceptionnelle.

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". La violation de ces dispositions, qui n'instituent pas un droit au séjour, ne peut pas être utilement invoquée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.

8. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne, du fait des risques encourus en cas de retour en Turquie, ne peut pas être utilement invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire, qui n'a pas pour objet de désigner le pays de renvoi.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle se fonde.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces textes font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. En l'espèce le requérant ne justifie d'aucun risque personnel en cas de retour en Turquie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 et des dispositions de l'article L. 721-4 précités ne peut être qu'écarté de même que le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation commise quant au risque auquel il serait exposé.

Sur l'interdiction de retour :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". M. C soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard à la présence d'un enfant handicapé. Le moyen n'est toutefois pas assorti de précisions et justifications permettant d'en apprécier la pertinence, et ne peut être qu'écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2023 qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de Vaucluse et à Me Allouch.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304667

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