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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304760

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304760

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDEIXONNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes (2ème chambre) a été saisi par Mme A, ressortissante comorienne, d’un recours pour excès de pouvoir contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Gard sur sa demande de titre de séjour en qualité de parent d’enfant français. Le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable pour tardiveté, en application du principe de sécurité juridique. Il a estimé que, bien que l’administration n’ait pas informé la requérante des voies et délais de recours, celle-ci avait eu connaissance de la décision implicite et disposait d’un délai raisonnable d’un an pour agir, délai qu’elle avait dépassé. La décision s’appuie sur les articles L. 112-3, L. 112-6 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration, ainsi que sur l’article R. 421-5 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, Mme B, représentée par Me Deixonne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision de refus de séjour n'est pas motivée.

Des pièces complémentaires présentées pour le préfet du Gard ont été enregistrées le 23 juin 2025, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien, conseillère,

- et les observations de Me Hamza, substituant Me Deixonne, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante comorienne née le 12 avril 1994, a sollicité des services de la préfecture du Gard, le 29 octobre 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Du silence gardé par le préfet du Gard pendant quatre mois sur sa demande est née, le 29 février 2022, une décision implicite de rejet dont l'intéressée demande au tribunal de prononcer l'annulation.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. / () Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la règlementation () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'un accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont pas opposables à son destinataire.

3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. Dans une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. Les règles énoncées au point 3, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 2, dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

6. En l'absence d'accusé réception comportant les mentions prévues par la réglementation délivré à Mme A à la suite du dépôt de sa demande de titre de séjour, le délai de recours de deux mois prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative ne lui est pas opposable. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante a eu connaissance de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, née le 29 février 2022, à compter du 25 novembre 2023, date à laquelle elle a sollicité la communication des motifs de celle-ci, qui constitue donc le point de départ du délai raisonnable d'un an dont elle disposait pour saisir le juge. Cette demande de communication des motifs a été reçue le 26 novembre 2023, avant l'expiration de ce délai de recours et n'a donné lieu à aucune réponse du préfet. Mme A est donc fondée à soutenir que la décision implicite de refus de séjour contestée est entachée d'un défaut de motivation.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée ci-dessus retenu, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Gard ou à toute autre autorité territorialement compétente, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même notification, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La décision née le 29 février 2022 par laquelle le préfet du Gard a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de cette même notification.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2025.

La rapporteure,

S. VOSGIEN

Le président,

G. ROUXLa greffière,

I. LOSA

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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