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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304790

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304790

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFOUGHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés le 25 décembre 2023 et le 27 décembre 2023, M. E B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, résidant habituellement en France depuis qu'il a atteint l'âge de 13 ans et résidant régulièrement en France depuis plus de dix ans, il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, dans la mesure où il vit depuis 33 ans en France où réside l'ensemble des membres de sa famille et qu'il n'a plus aucun lien avec son pays d'origine ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- en fixant à deux ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris une mesure disproportionnée et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Foughar, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, né en 1990 et entré en France à l'âge de six ans par regroupement familial, a obtenu un certificat de résidence algérien de dix ans, valable du 31 octobre 2008 au 30 octobre 2018 en tant qu'enfant de français, son père ayant obtenu la nationalité française. Après avis défavorable émis par la commission du titre de séjour le 23 janvier 2019 en raison des risques importants de trouble à l'ordre public présentés par M. B, sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 26 mars 2019 l'obligeant à quitter le territoire français. M. B n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement et s'est également soustrait à l'exécution de l'arrêté du 20 juillet 2020 assortissant l'arrêté du 26 mars 2019 d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il n'a pas davantage respecté les termes de l'assignation à résidence dont il a fait l'objet par arrêté du 21 août 2020. Par ailleurs, M. B, qui a fait l'objet, à compter de 2009, de nombreuses condamnations à des peines d'emprisonnement pour des faits notamment de vol aggravé, de transport, détention et acquisition non autorisés de stupéfiants, de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, d'usage illicite de stupéfiants, de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, n'est pas en possession d'un passeport en cours de validité ni ne justifie d'une résidence effective et permanente. M. B entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées des 3° et 5° de l'article L. 611-1 et des 1° et 3° de l'article L. 612-2, combinées avec celles du 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter sans délai le territoire français.

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () ". S'il est constant que M. B est entré en France avant l'âge de 13 ans et produit à l'audience diverses pièces attestant de sa présence en France, tels des certificats de scolarité, des bulletins de paie et des avis d'impôt sur le revenu, couvrant de manière éparse la période allant de 2002 à 2018, le requérant n'apporte toutefois aucune pièce ni aucun élément de nature à établir qu'il y réside habituellement depuis le refus de renouvellement de son certificat de résidence algérien de dix ans par l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 26 mars 2019 l'obligeant également à quitter le territoire français. Par ailleurs, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B n'est plus en situation régulière depuis l'année 2019 et n'était, dès lors, pas en situation régulière à la date de l'arrêté contesté. Il ne peut, par suite, invoquer les dispositions précitées du 2° et du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour faire valoir qu'il ne peut pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. Mme A C, signataire de l'arrêté attaqué du 23 décembre 2023, bénéficiait, en sa qualité de chef de la section éloignement du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté n° 13-2023-10-06-00006 du préfet de ce département du 6 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2023-248, d'une délégation à l'effet de signer tout document relatif à la procédure de délivrance de titre de séjour et à l'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. Si M. B se plaint de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait insuffisamment motivé son arrêté, celui-ci, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

7. Si M. B, né en 1990 en Algérie, et interpellé à Marseille le 22 décembre 2023 pour des faits de recel de vol de cartes bleues, est entré en France à un très jeune âge et peut se prévaloir d'une longue durée de séjour sur le territoire national, en situation régulière jusqu'en 2018, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des éléments rappelés au point 3, que l'intéressé a été condamné à compter de 2009 à de très nombreuses reprises à des peines d'emprisonnement. Il a également refusé d'exécuter une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 26 mars 2019 ainsi que l'interdiction de territoire français d'une durée d'un an assortissant cette décision. Par ailleurs, M. B, célibataire et sans enfant, dépourvu de tout travail et sans domicile fixe, ne justifie pas de l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec sa famille en France, dont, à l'exception de son père de nationalité française, il ne précise pas même la composition, ni n'établit être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des conditions du séjour en France de M. B qui ne peut justifier d'aucune insertion dans la société française, ainsi que l'illustre la persistance de son comportement délictuel, la décision par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Il ressort des motifs de la décision attaquée que pour justifier la décision d'interdire M. B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris en compte les circonstances que l'intéressé ne démontrait pas avoir habituellement résidé en France depuis 1996, qu'il ne justifiait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il était célibataire, sans enfant et ne justifiait pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine, qu'il n'a pas exécuté spontanément deux précédentes mesures d'éloignement et que sa présence, en raison de ses multiples condamnations à des peines d'emprisonnement ferme, constituait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors que M. B n'apporte aucune précision au soutien de son moyen, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône, en se fondant sur ces motifs dont la matérialité est établie par les pièces du dossier, aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, qui ne présente pas un caractère disproportionné.

10. M. B n'articule aucun moyen à l'encontre de la décision fixant le pays de destination contenue dans l'arrêté attaqué du 23 décembre 2023. Les conclusions de la requête tendant à son annulation ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

Le président,

C. DLa greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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