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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304795

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304795

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantRIGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023 sous le n° 2304795 et un mémoire reçu le 11 janvier 2024, M. A D, représenté par Me Rigo, demande au tribunal :

- son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

- l'annulation de l'arrêté n°ASI/84/2023/121 du 8 décembre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui refuse son admission au séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 45 jours et fixe son pays de renvoi.

- d'ordonner le réexamen du dossier ;

- de délivrer un titre de séjour étranger malade ou une carte de séjour temporaire à défaut de lui octroyer le statut de réfugié ;

- de condamner la préfecture au paiement à Me Rigo de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de la loi de 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ; la décision est entachée d'erreur, puisqu'il est évoqué une demande d'asile du 22 décembre 2023 avec une décision de rejet du 25 septembre 2023 et notification le 9 octobre 2023 ;

- le principe du contradictoire a été violé ;

- le préfet a méconnu son état de santé ; il est candidat pour une greffe rénale, comme le démontre le bilan pré greffe rénale du 2 octobre 2023 du centre hospitalier d'Avignon ; il ne pourra pas être pris en charge dans son pays ; il n'est pas en état de voyager ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît le droit de mener une vie privée et familiale normale.

- la décision est contraire à l'article L. 435-1 du CESEDA.

- il existe un risque en cas de retour en Arménie ;

Sur le délai de départ volontaire :

- la situation familiale ne permet pas d'organiser le départ de la famille dans le délai de 45 jours ;

Sur le pays de destination ;

- la situation dans le pays ne permet pas de garantir leur sécurité.

II. Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023 sous le n° 2304799 et un mémoire enregistré le 11 janvier 2024, Mme B C, représentée par Me Rigo, demande au tribunal :

- son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

- l'annulation de l'arrêté n° ASI/84/2023/120 du 8 décembre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui refuse son admission au séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 45 jours et fixe son pays de renvoi ;

- d'ordonner le réexamen du dossier ;

- de délivrer un titre de séjour étranger malade ou une carte de séjour temporaire à défaut de lui octroyer le statut de réfugié ;

- de condamner la préfecture au paiement à Me Rigo de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi de 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- le principe du contradictoire a été violé ;

- le préfet a méconnu l'état de santé de son mari ; il est candidat pour une greffe rénale, comme le démontre le bilan pré greffe rénale du 2 octobre 2023 du centre hospitalier d'Avignon ; il ne pourra pas être pris en charge dans son pays ; l'état de santé de son mari, qui n'est pas en état de voyager, nécessite sa présence :

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît le droit de mener une vie privée et familiale normale.

- la décision est contraire à l'article L. 435-1 du CESEDA.

- il existe un risque en cas de retour en Arménie ;

Sur le délai de départ volontaire :

- la situation familiale ne permet pas d'organiser le départ de la famille dans le délai de 45 jours ;

Sur le pays de destination ;

- la situation dans le pays ne permet pas de garantir leur sécurité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 janvier 2024 :

- le rapport de M. Abauzit.

- les observations de Me Rigo, pour M. D et Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les recours de M. D et de sa compagne Mme C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les présentes requêtes, de prononcer l'admission des requérants à l'aide juridictionnelle provisoire.

3. M. A D, ressortissant arménien né le 17 mai 1974 à Erevan (Arménie) et sa compagne Mme B C, de même nationalité, née le 18 septembre 1982 à Erevan, ont déposé respectivement le 27 décembre 2022 et le 22 décembre 2022 pour eux-mêmes et leurs deux enfants mineurs une demande d'asile (la date de 2023 mentionnée dans les arrêtés attaqués constituant nécessairement une erreur de plume). Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions du 25 septembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). La Cour nationale du droit d'asile (CNDA), par deux ordonnances en date du 18 décembre 2023, a rejeté les recours dirigés contre les décisions de l'OFPRA. La préfète de Vaucluse, par deux arrêtés du 8 décembre 2023, qui sont les actes attaqués, a refusé d'admettre au séjour les intéressés, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours, et a fixé le pays de destination.

4. Par un arrêté du 7 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 84-2023-150, la préfète de Vaucluse a accordé à Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, délégation à l'effet de signer les actes attaqués. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

5. Chacun des arrêtés contestés comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète de Vaucluse, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de chacun des requérants au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables. Les moyens tirés d'un défaut de motivation des actes et d'un examen incomplet de la situation des requérants, ne peuvent dès lors être qu'écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

6. La mesure d'éloignement concernant les deux requérants a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".

7. Les requérants, qui ont présenté une demande d'asile, ont été en mesure de porter tous éléments pertinents à la connaissance de l'administration avant l'intervention de la mesure d'éloignement en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils y auraient été fait obstacle ou qu'ils auraient été empêchés de le faire, notamment en ce qui concerne l'état de santé de M. D. En outre, les requérants ne se prévalent d'aucun autre élément pertinent qu'ils n'auraient pas été à même de faire valoir et qui aurait pu avoir une influence sur le contenu de l'arrêté contesté. Par suite, ils ne peuvent pas être regardés comme ayant été privés de leur droit à être entendu, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

8. L'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ". M. D a adressé un courrier reçu le 24 janvier 2023 à la préfecture, demandant à bénéficier du titre de séjour prévu à l'article L. 425-9 précité. Le collège des médecins de la direction territoriale de l'OFII a donné un avis défavorable à cette demande le 23 avril 2023, précisant que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de prise en charge médicale peut entraîner des conséquences d'une extrême gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé arménien l'intéressé peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et que l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risques vers son pays d'origine. Si M. D s'est inscrit dans le cadre de soins pouvant aboutir à une greffe d'organe, et produit des pièces de portée générale attestant d'une moins bonne prise en charge de sa pathologie en Arménie, il ne produit aucune pièce médicale selon laquelle l'avis des médecins de l'OFII serait, en ce qui concerne sa personne, erroné ou caduc. Il ne ressort pas en conséquence des pièces du dossier que M. D serait, à la date de la mesure d'éloignement, éligible à la délivrance de ce titre. Dès lors la préfète de Vaucluse a pu légalement rejeter cette demande de titre de séjour et M. D ne peut se prévaloir, à la date de l'arrêté attaqué, d'un droit au séjour fondé sur les dispositions de l'article L. 425-9, qui ferait obstacle à la reconduite à la frontière. Pour les mêmes motifs le requérant ne peut se prévaloir de la protection contre l'éloignement instituée par les dispositions de l'article L. 611-3 du même code, selon lesquelles ne peut pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire " 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Les requérants sont entrés en France en 2022. En leur qualité de demandeurs d'asile déboutés ils n'avaient pas vocation à rester sur le territoire français, et ils ne justifient en rien ne pas pouvoir poursuivre leur vie privée et familiale hors de France avec leurs enfants. En l'absence d'atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées, au regard de l'objet des mesures d'éloignement, ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que les décisions d'éloignement seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle des intéressés, quel que soit leur désir d'intégration dans la société française.

Sur la décision fixant le délai de départ :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./ L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas./ Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Ainsi qu'il a été dit il est de l'avis des médecins du collège de l'OFII que l'état de santé de M. D peut lui permettre de voyager sans risques vers son pays. La circonstance que l'intéressé a des rendez-vous médicaux ne permet pas de regarder la décision, fixant à quarante-cinq jours en l'espèce le délai de départ, comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il appartiendrait en tout état de cause au requérant, si une aggravation de son état de santé se produisait, de demander au préfet un nouveau délai, conformément aux dispositions précitées.

Sur le pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Si les requérants se prévalent des risques qu'ils encourent en cas de retour en Arménie, ils ne produisent aucun élément de nature à établir la réalité et le caractère personnel des menaces alléguées, alors, en outre, que leur demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Ils ne justifient pas en outre d'une vulnérabilité dans leur pays d'origine qui les exposerait à subir des traitements visés par l'article 3.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 18 décembre 2023 de la préfète de Vaucluse. Par suite leurs conclusions à fins d'injonction et de condamnation de l'Etat sur le fondement de l'article L .761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent également être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2304795 et 2304799 sont jointes.

Article 2 : M. D et Mme C sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : Les requêtes de M. D et de Mme C sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C, à la préfète de Vaucluse et à Me Rigo.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304795 et 2304799

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