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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400022

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400022

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGIRONDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2024 sous le n° 2400022, Mme E A, représentée par Me Girondon, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 2023-30-164-BCE du 18 décembre 2023, par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- de mettre à la charge de l'État d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- les droits de la défense ont été violés ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne.

Par un mémoire enregistré le 6 février 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2024 sous le n° 2400023, M. B F C, représenté par Me Girondon, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 2023-30-163-BCE du 18 décembre 2023, par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- de mettre à la charge de l'État d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- les droits de la défense ont été violés ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne.

Par un mémoire enregistré le 6 février 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 février 2024 :

- le rapport de M. Abauzit.

- les observations de Me Girondon, pour Mme E A et M. F C, qui reprend les moyens de la requête et fait valoir que l'état de l'enfant G ne permet pas d'éloigner ses parents, que Mme A, qui souffre de stress traumatique, est suivie dans le cadre du Parcours de sortie de Prostitution et que dans son cas les dispositions de l'article R. 425-1 du CESEDA n'ont pas été respectées par les services de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les recours de Mme E A et de son compagnon M. B F C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les présentes requêtes, de prononcer l'admission des requérants à l'aide juridictionnelle provisoire.

3. Mme E A, ressortissante congolaise (RDC) née le 12 décembre 1983 à Kinshasa et son compagnon M. B F C, né le 17 juillet 1980 à Kinshasa, de même nationalité, sont entrés en France respectivement en juin 2022 et août 2021 pour demander l'asile. La demande de Mme A, présentée également au nom des enfants D et G F C, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 septembre 2022 et le recours contre cette décision a été rejeté le 29 juin 2023 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La demande de M. F C a été rejetée par l'OFPRA le 20 janvier 2022 et son recours a été rejeté le 12 décembre 2022 par la CNDA. A la suite des décisions, le préfet du Gard, par deux arrêtés du 18 décembre, qui sont les actes attaqués, a refusé d'admettre au séjour les intéressés, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

4. Chacun des arrêtés contestés comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le préfet du Gard, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de chacun des requérants, déboutés du droit d'asile, au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en précisant que la situation des requérants ne justifiait pas qu'à titre exceptionnel un délai de départ supérieur à trente jours leur soit accordé. Le moyen tiré d'un défaut de motivation des actes ne peut dès lors être qu'écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. La mesure d'éloignement concernant les deux requérants a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".

6. Ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

7. Lorsqu'un étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, il ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un tel titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, de faire valoir toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait, n'impose pas à l'autorité préfectorale de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui fait suite au refus de titre de séjour au titre de l'asile. En l'espèce, les requérants n'établissent pas qu'à la suite des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile, ils auraient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'ils n'auraient pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement, en rapport notamment avec les nouveaux moyens soulevés à l'audience. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. ". L'article R. 425-1 du même code prévoit que : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : / 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ;/ 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection. / Ces informations peuvent être fournies, complétées ou développées auprès des personnes intéressées par des organismes de droit privé à but non lucratif, spécialisés dans le soutien aux personnes prostituées ou victimes de la traite des êtres humains, dans l'aide aux migrants ou dans l'action sociale, désignés à cet effet par le ministre chargé de l'action sociale ".

9. Les dispositions de l'article R. 425-1 précité chargent les services de police d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de faits de traite d'êtres humains. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de tels faits, il leur appartient d'informer ce dernier de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise, ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte par la suite. En l'espèce, Mme A, qui n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-1 et n'a pas informé les services préfectoraux de son intention de le faire, fait valoir à l'audience qu'elle a été victime de faits visés par cet article et qu'elle est suivie en parcours de sortie de prostitution, mais que les services de police n'ont pas pris sa plainte, et que la procédure n'ayant pas été respectée le préfet ne pouvait prendre une obligation de quitter le territoire la concernant.

10. Il ne résulte pas toutefois des pièces du dossier, et notamment de l'échange de mails entre les services sociaux produits par Mme A, qu'elle aurait été empêchée de porter plainte devant le service de police compétent avant l'édiction de l'arrêté attaqué. En outre, les pièces du dossier ne permettent pas d'apprécier que les services de police auraient eu des motifs raisonnables de considérer que l'intéressée pouvait entrer dans les prévisions de cet article, d'autant que sa demande de protection, pour le motif de craintes liées à la prostitution, avait été rejetée comme non fondée, après audition de l'intéressée, par la Cour nationale du droit d'asile, notamment du fait que Mme A avait déclaré n'avoir aucun lien avec un réseau de traite des êtres humains. Les dispositions précitées ne font dès lors pas obstacle à la décision d'éloignement concernant Mme A.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". En leur qualité de demandeurs d'asile déboutés les requérants n'avaient pas vocation à rester sur le territoire français, et ils ne justifient en rien ne pas pouvoir poursuivre leur vie privée et familiale hors de France avec leurs enfants. En l'absence d'atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées, au regard de l'objet des mesures d'éloignement, ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que les décisions d'éloignement seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle des intéressés, quel que soit leur désir d'intégration et celui de leurs enfants dans la société française.

12. Aux termes de l'article L. 425-9 du même code " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.() " et aux termes de l'article L. 425-10 du même code " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle./ Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites./ Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". S'il ressort des pièces du dossier que l'enfant Ephraïm souffre de troubles très graves de développement et de construction de la personnalité, le certificat médical en date du 17 janvier 2024 établi par un praticien du CH Alès-Cévennes ne permet pas, en l'absence notamment de toute mention portant sur la possibilité d'une prise en charge au Congo (RDC), de regarder comme réunies les conditions prévues aux articles précités pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, qui feraient obstacle à l'obligation de quitter le territoire.

13. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable en l'espèce: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment d'un compte-rendu d'évaluation établi par une psychologue clinicienne, que Mme A serait exposée, du fait de troubles de stress traumatique, à des conséquences d'une exceptionnelle gravité en l'absence de traitement médicamenteux et de suivi médical. En tout état de cause en se bornant à alléguer que " Compte tenu de sa situation, E A ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge adaptée, dans son pays d'origine ", la psychologue clinicienne ne justifie pas de l'impossibilité d'une telle prise en charge. Par suite, en prononçant une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la requérante le préfet du Gard n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 précité.

14. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement des requérants porterait atteinte à l'intérêt supérieur des enfants des requérants. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 précité ne peut être qu'écarté.

Sur le pays de destination :

15. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité ou par voie de conséquence des décisions d'éloignement ne peut être qu'écarté, ces décisions n'étant pas illégales.

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces textes font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Les requérants, dont la situation a été examinée récemment par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ne justifient par aucun nouvel élément ou document la réalité des risques personnels auxquels ils allèguent être exposés au Congo (RDC). Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme E A et M. B F C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 18 décembre 2023 du préfet du Gard. Par suite leurs conclusions à fins de condamnation de l'Etat sur le fondement de l'article L .761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent également être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2400022 et 2400023 sont jointes.

Article 2 : Mme E A et M. B F C sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : Les requêtes de Mme E A et de M. B F C sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à M. B F C, au préfet du Gard et à Me Girondon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400022 N°2400023

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