vendredi 19 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400046 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | FONTANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Fontana, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités italiennes en tant que celles-ci sont responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard en application de l'art L. 911-3 du CJA.
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros, sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le tribunal administratif de Nîmes est territorialement compétent ;
- la préfecture des Bouches-du-Rhône n'était pas compétente pour prendre la décision contestée ;
- la décision a été signée par une autorité sur délégation de signature dont la compétence n'est pas établie ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il n'est pas démontré que les informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 lui ont été délivrées et qu'elles l'aient été en langue arabe mauritanien ;
- il n'est pas démontré que les dispositions prévues à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013aient été respectées, il appartiendra à l'autorité préfectorale de rapporter la preuve de la tenue effective, en temps utile de l'entretien individuel ainsi que de la prise en compte des éléments mentionnés, de la qualité de l'agent, de la preuve que l'entretien a eu lieu dans des conditions permettant de garantir sa confidentialité et qu'il ait pu bénéficier d'un interprétariat en arabe mauritanien ;
- le préfet doit justifier de la saisine des autorités italiennes ;
- la décision de transfert méconnaît les stipulations des articles 31 et 32.1 du règlement n°604/2013/UE du 26 juin 2013 à défaut de d'établir que l'intégralité des information relatives à sa situation ont été transmises aux autorités italiennes ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement UE n°604/2013 et de l'article 3.2 du règlement UE n°604/2013 eu égard à l'incapacité de l'Italie à prendre matériellement en charge les demandeurs d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés et des droits fondamentaux.
La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas défendu ni communiqué les pièces de procédure.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement du Parlement européen et du Conseil n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Mme Boyer a été désignée par le président du tribunal comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023, Mme Boyer a présenté son rapport.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant mauritanien, né le 1er août 1988, est entré irrégulièrement en France le 13 septembre 2023. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 26 septembre 2023. Lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le relevé de ses empreintes au regard de la base de données Eurodac et l'examen de son dossier ont révélé que l'intéressé avait introduit auprès des autorités italiennes une demande d'asile le 8 juin 2023. Les autorités italiennes ont été saisies le 24 octobre 2023 d'une demande de prise en charge de l'intéressé en application du b) de l'article 18.1 du règlement (UE) n° 604/2013 et ont été destinataires, le 11 octobre 2023, d'un constat d'accord implicite en date du 26 décembre 2023, fondé sur l'article 25.2 de ce même règlement. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de son transfert aux autorités italiennes en tant que celles-ci sont responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride dispose que : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ". Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4.
4. D'autre part, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans son arrêt du 30 novembre 2023, Ministero dell'Interno, affaires C-228/21, C-254/21, C-297/21, C-315/21 et C-328/21, lorsque l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement n° 604/2013 a eu lieu, mais que la brochure commune devant être communiquée à la personne concernée en exécution de l'obligation d'information prévue à l'article 4 de ce règlement ne l'a pas été, la décision de transfert ne doit être annulée que si, eu égard aux circonstances de fait et de droit spécifiques au cas d'espèce, le défaut de communication de la brochure commune a, malgré la tenue de l'entretien individuel, effectivement privé cette personne de la possibilité de faire valoir ses arguments dans une mesure telle que la procédure administrative à son égard aurait pu aboutir à un résultat différent.
5. En l'espèce le préfet des Bouches-du-Rhône n'ayant produit aucune pièce de procédure, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B se serait vu délivrer les documents exigés par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ni qu'il aurait bénéficié d'un entretien individuel dans les conditions prévues à l'article 5 du même règlement permettant de pallier l'absence de communication des brochures visées à l'article 4 précité. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'il a été privé de garanties substantielles entachant la procédure suivie à son égard d'irrégularité en méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné son transfert vers l'Italie.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Me Fontana peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Fontana renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fontana d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 sera versée à M B.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné le transfert vers l'Italie de M. B est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Fontana, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Fontana renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.
Article 5 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Fontana.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.
La magistrate désignée,
C. BOYERLa greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026