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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400070

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400070

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPROIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 janvier 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) l'assistance d'un avocat commis d'office ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 6 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- la durée de cette interdiction est disproportionnée ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 janvier 2024 :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Proix, avocate commise d'office, représentant M. C qui a repris les moyens invoqués dans la requête en insistant sur la circonstance que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2021 qu'il a exécuté avant de revenir sur le sol français, sa situation en France et le fait que les trois enfants du requérant résident chacun des dans des pays distinct de son pays d'origine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité guinéenne, demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 6 janvier 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions en litige :

2. L'arrêté en litige a été signé par M. D E, sous-préfet de Béziers, qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature accordée par arrêté du préfet de l'Hérault n°2023-10-DRCL-0480 en date du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. C n'établit ni même n'allègue être entré pour la dernière fois en France avant l'année 2023. S'il a effectué un premier séjour en France à compter de l'année 2019 celui-ci, selon ses propres déclarations, n'aurait duré que jusqu'à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 13 avril 2021, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de quatre mois prise par le préfet de l'Hérault suite au rejet, le 26 mars 2021, de l'appel qu'il a élevé devant la Cour national du droit d'asile contre la décision de refus que lui a opposé l'office français pour la protection des réfugiés et apatrides le 25 novembre 2019, et n'a donc, en tout état de cause pas permis le transfert en France de ses intérêts privés et familiaux. Il ne justifie de la présence en France d'aucune famille et s'il se borne à affirmer qu'il aurait travaillé irrégulièrement, il ne l'établit pas. Il ne démontre pas davantage être dépourvu d'attaches privées et familiale en Guinée, son pays d'origine, où il a passé l'essentiel de sa vie. Depuis son prétendu retour en France en 2022, il a été défavorablement connu des services de police pour des faits de provocation directe d'un mineur de quinze ans à l'usage illicite de stupéfiants survenus le 11 juillet 2022. Eu égard à ces éléments, à la faible ancienneté et aux conditions de son séjour en France, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

6. Ainsi qu'il l'a été dit au point 4 du présent jugement, M. C ne justifie pas de la réalité d'une vie privée et familiale en France alors qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'en 2019 selon ses déclarations et où il ne démontre pas être dépourvu de l'ensemble de ses attaches privées et familiales. S'il affirme avoir exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre par arrêté du préfet de l'Hérault en date du 13 avril 2021, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle justifie légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée. En l'absence de circonstances humanitaires particulières, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

7. Le requérant n'invoque aucun moyen au soutien des conclusions présentées à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise par l'arrêté en litige.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 6 janvier 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

G. ALa greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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