vendredi 12 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | SOLINSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 janvier 2024 au greffe du tribunal, M. B A, représenté par Me Solinski, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre à l'administration compétente de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a commis une " erreur manifeste d'appréciation " en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour ;
- il a commis une " erreur manifeste d'appréciation " au regard des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision litigieuse sur sa situation ;
- il a méconnu le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale en l'absence de situation d'urgence au sens de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans présente un caractère disproportionné.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mouret en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, ont été entendues les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue polonaise, qui persiste dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant polonais né en 1979, demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
3. En premier lieu, si M. A se prévaut d'une " erreur de procédure " et argue d'une " absence de contradictoire ", il n'assortit pas ses allégations sur ce point de précisions suffisantes, notamment en droit. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été auditionné par les services de la police aux frontières, notamment le 8 décembre 2023, et qu'il a, au cours de cette audition, été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prononcée à son encontre et invité à présenter ses observations sur ce point. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, M. A, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, n'établit ni même n'allègue être en mesure de bénéficier de la délivrance de plein droit d'un tel titre. Si le préfet de la Haute-Corse a relevé, dans l'arrêté contesté, que l'intéressé ne pouvait prétendre au droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de leurs termes mêmes que les dispositions de l'article L. 432-13 du même code n'imposent pas à l'autorité préfectorale de saisir la commission du titre de séjour lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer un titre de séjour à un citoyen de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de ce que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie en application de cet article L. 432-13 ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
5. En troisième lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. A avant d'édicter l'arrêté contesté.
7. En cinquième lieu, si M. A se prévaut des dispositions des articles L. 412-5 et
L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'assortit pas ses allégations sur ce point de précisions suffisantes. Par suite, et alors que l'arrêté contesté ne comporte aucune décision de refus de titre de séjour, le moyen, à le supposer invoqué, tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. A se prévaut d'une durée de séjour en France de huit années, les seules pièces qu'il produit ne permettent pas de corroborer ses allégations sur ce point. L'intéressé, qui indique être le père d'un fils né en Pologne en 2001 et issu de son union avec son ancienne épouse, justifie être le père deux filles issues de son union avec une compatriote et nées en France respectivement au cours des années 2020 et 2023. M. A a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Bastia du 4 septembre 2023 versé aux débats, à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois, assortie d'un sursis probatoire, pour des faits de violences conjugales commis le 3 août 2023 sur sa compagne et mère de ses deux filles mineures. Il ressort des termes de ce jugement, qui évoque une " réitération des faits " et mentionne à cet égard des " faits identiques " commis au mois de juillet 2022 et ayant donné lieu à condamnation, que l'intéressé doit notamment, pendant toute la durée d'exécution de sa peine, s'abstenir de se présenter au domicile de la victime. Par ailleurs, M. A n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside notamment son fils aîné avec lequel il entretient des liens, ainsi qu'il l'a précisé au cours de l'audience. Dans ces conditions, eu égard en particulier à la menace pour l'ordre public que représente le comportement de M. A, et en dépit de la circonstance alléguée que ce dernier exerce une activité professionnelle en France, le préfet de la Haute-Corse n'a pas, en édictant l'arrêté contesté, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle et familiale de M. A.
10. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. Au regard de l'ensemble des éléments évoqués ci-dessus de la situation de M. A, et en particulier à la gravité des faits de violences conjugales commis sur sa compagne, mère de ses deux filles mineures, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse aurait fait une inexacte application des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence () ".
13. La notion d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être interprétée à la lumière des objectifs de la directive du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'urgence à éloigner sans délai de départ volontaire un citoyen de l'Union européenne ou un membre de sa famille doit être appréciée par l'autorité préfectorale, au regard du but poursuivi par l'éloignement de l'intéressé et des éléments qui caractérisent sa situation personnelle, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir.
14. Eu égard à l'ensemble des éléments de la situation de M. A, et compte tenu en particulier de la nature et de la gravité des faits ayant justifié sa condamnation pénale, ainsi qu'à leur caractère récent à la date de l'arrêté contesté, le préfet de la Haute-Corse n'a pas commis d'erreur de droit, ni fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant qu'il y avait urgence à éloigner l'intéressé du territoire français et en refusant, pour cette raison, de lui accorder un délai de départ volontaire.
15. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
16. Il n'est pas contesté que M. A réside depuis plusieurs années sur le territoire français où il indique exercer la profession de maçon et où sont nées, ainsi qu'il a été dit, ses deux filles mineures respectivement au cours des années 2020 et 2023. Le requérant produit une attestation établie le 5 janvier 2024 par laquelle la mère de ces dernières indique avoir besoin de son aide pour leur prise en charge. Dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu notamment du quantum de la peine prononcée à l'encontre de M. A, en décidant de lui interdire de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans, soit la durée maximale prévue par les dispositions citées ci-dessus de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Corse a commis une erreur d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 4 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Corse a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur l'injonction et l'astreinte :
18. L'exécution du présent jugement, qui prononce uniquement l'annulation de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français contenue dans l'arrêté contesté, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision du 4 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Corse a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans à l'encontre de M. A est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Haute-Corse et à Me Solinski.
Lu en audience publique le 12 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
R. MOURET
La greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026