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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400125

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400125

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, Mme D B, représentée par Me Arguillat, demande au juge des référés :

1°) de prescrire une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, aux fins de déterminer l'origine des désordres qui affectent de manière récurrente sa propriété située 14, place du Marché à Sault (84390) et dire s'ils sont en lien avec la nouvelle configuration des lieux résultant des travaux publics réalisés par la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sault la somme de 2 000 euros au titre des frais irrépétibles.

Elle soutient que :

- la commune de Sault a effectué des travaux de réfection de la place du Marché entrainant l'entière modification du revêtement et la refonte du trottoir bordant sa propriété ;

- il résulte de ces travaux des infiltrations par le mur enterré de sa cave et des ruissellements d'eaux pluviales récurrents qui ont été constatés et reconnus par la commune ;

- les investigations menées par les assureurs afin de trouver l'origine du sinistre ainsi que les solutions apportées par la commune n'ont pas donné satisfaction ;

- en l'absence d'évolution favorable de la situation et devant l'inertie dont la commune fait preuve, elle n'a d'autre choix que de solliciter la réalisation d'une expertise au contradictoire de la commune et de son assureur afin de déterminer l'origine et les causes des sinistres récurrents subis, les responsabilités en découlant ainsi que des préconisations pour les faire cesser.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, la commune de Sault, représentée par Me D'Albenas, conclut :

1°) ne pas s'opposer, sous les plus expresses réserves et protestations d'usages, à la mesure d'expertise ;

2°) à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de la requérante ;

3°) au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- dans le cadre de la réalisation des travaux d'aménagement de la place du Marché, elle a procédé à des vérifications du réseau pluvial et au nettoyage d'une zone inaccessible ;

- à la suite des signalements effectués par Mme B, elle n'est pas restée indifférente et a procédé à la réalisation de travaux permettant d'assurer une maîtrise des eaux pluviales et l'accès à la cave de cette dernière ;

- le lieu en litige est dépourvu de moyens d'aération et fait état d'une canalisation de petit diamètre dont la requérante n'est pas en mesure d'établir à quoi elle correspond.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article L.511-2 du code de justice administrative.

Sur la demande d'expertise :

1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2.Les mesures d'expertise demandées par Mme B entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les dépens et les frais irrépétibles :

3. Il sera statué, après dépôt du rapport d'expertise, sur la fixation et la charge des frais et honoraires d'expertise par le président du tribunal dans les conditions prévues à l'article R. 621-13 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions de la commune de Sault tendant à ce que le tribunal réserve les dépens doivent être rejetées.

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce et à ce stade du litige, de statuer sur les frais exposés qui ne sont pas compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A C domicilié IE2A SASU, La Plane n° 130, 3ème rue à Cavaillon (84300) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, de :

1. Se rendre sur les lieux sise 14, place du Marché à Sault (maisons d'habitations cadastrées K250 et K521) et avec les parties, en décrire la situation et la configuration ;

2. Se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ; entendre tout sachant qu'il jugerait nécessaire ;

3. Constater les désordres affectant les biens de Mme B ;

4. Réaliser toutes investigations nécessaires à l'identification de l'origine du sinistre ;

5. Donner tous éléments utiles d'appréciation, accompagnés d'un avis sur la ou les causes et origines des infiltrations récurrentes, en précisant l'impact de la nouvelle configuration des lieux résultant des travaux publics réalisés ;

6. Identifier les solutions permettant qu'il soit mis fin à la cause des sinistres ainsi que la reprise des ouvrages afin qu'ils soient remis en leur état antérieur aux sinistres ;

7. Déterminer et chiffrer les travaux nécessaires pour remédier aux désordres et pour prévenir de nouveaux incidents ;

8. En cas d'urgence reconnue et caractérisée par l'expert, autoriser la requérante à faire exécuter à ses frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux indispensables à la sauvegarde de ses biens, sous le contrôle de bonne fin de l'expert ;

9. Indiquer la part imputable à chacune des causes et/ou des intervenants ;

10. Donner tous les éléments utiles d'appréciation sur les responsabilités encourues ;

11. Fournir au tribunal tous les éléments lui permettant d'apprécier l'étendue des préjudices de tout nature subis par la requérante.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de Mme D B, la commune de Sault et Groupama Méditerranée en sa qualité d'assureur de la commune de Sault.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dont un exemplaire sous format numérique, avant le 1er novembre 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée Mme D B, la commune de Sault, Groupama Méditerranée en sa qualité d'assureur de la commune de Sault et M. A C, expert.

Fait à Nîmes, le 16 mai 2024

Le juge des référés,

P. PERETTI

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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