vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400291 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024, M. A, représenté par Me Marmillot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision 48 SI du 25 octobre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points devenu nul ainsi que la décision implicite de son recours gracieux du 20 novembre 2023 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire ;
3°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur et des outre-mer la somme de 3 000 euros au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le ministre de l'intérieur ne justifie pas de ce que Madame B, signataire de la décision du 25 octobre 2023, disposait bien d'une délégation de signature pour procéder à cette signature ;
- les différents retraits de points intervenus à la suite des infractions commises ne lui auraient pas été notifiés ;
- il n'aurait pas bénéficié lors des infractions routières, de l'information préalable aux retraits de points prévue aux articles L. 223-1, L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 29 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Peretti a lu son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. Par décision référencée " 48SI " en date du 25 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a notifié à M. A l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points devenu nul ainsi que de l'ensemble des retraits de points antérieurs. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la légalité externe :
2. La décision 48SI attaquée a été signée par Madame B, attachée principale, chef du service du fichier national des permis de conduire, qui a reçu délégation de signature à cet effet par décision du 18 septembre 2023, publiée au Journal Officiel du 21 septembre 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.
Sur la légalité interne :
S'agissant du défaut de notification :
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".
4. M. A soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne le défaut d'information préalable :
5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.
S'agissant des infractions des 10 juillet 2021 et 13 juillet 2022 :
6. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis, qui comporte toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'information légale, dès lors que seule l'indication du nombre de points dont l'infraction entrainait le retrait figurait sur la page écran présentée au contrevenant et non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Néanmoins, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.
7. En premier lieu, en ce qui concerne l'infraction du 10 juillet 2021, il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. A que l'infraction commise le 10 juillet 2021 a fait l'objet d'un procès-verbal électronique mentionnant le retrait de points encouru et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre verse au dossier un bordereau de situation, émanant de la Trésorerie de Orléans, qui précise, pour l'infraction en cause, le numéro de l'avis de contravention correspondant, le montant de l'amende forfaitaire due et la date de son encaissement et établit que le recouvrement a été intégral. Il découle de cette seule constatation que M. A a nécessairement reçu l'avis de contravention pour cette infraction dont la réalité est établie, lequel comporte les différentes informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Au surplus, M. A ne démontre pas avoir été destinataire d'un document inexact ou incomplet. L'administration apporte dans ces conditions la preuve, qui lui incombe, qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable. Par suite, le requérant n'est pas fondé à exciper que le retrait de points dont il a fait l'objet à la suite de l'infraction commise le 10 juillet 2021 serait illégal.
8. En second lieu, en ce qui concerne l'infraction du 13 juillet 2022, le ministre verse à l'instance le procès-verbal électronique afférent à l'infraction du 13 juillet 2022, qui n'est pas signé, sans que la mention du refus de signer par le requérant n'y figure. Ce procès-verbal, s'il informe l'intéressé du nombre de points qu'il est susceptible de perdre à la suite de l'infraction commise, ne comporte cependant pas les mentions requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route quant à l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité pour l'intéressé d'exercer le droit d'accès. Or, la seule mention, au relevé d'information intégral du requérant, de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ne permet pas d'établir que M. A a été destinataire des informations légales, alors au surplus que le ministre, à qui incombe la charge de la preuve, ne démontre pas que le contrevenant se serait acquitté de l'amende forfaitaire majorée et aurait en conséquence nécessairement eu connaissance de ce titre. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A a bénéficié à l'occasion de l'infraction commise le 10 juillet 2021, de l'ensemble des informations légalement exigées, y compris celles relatives au traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure consécutive à l'infraction du 13 juillet 2022 doit, dès lors, être écarté.
S'agissant des infractions des 27 juin 2021 et 21 mai 2023 :
9. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, produit par l'administration, que les infractions commises les 27 juin 2021 et 21 mai 2023 ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)", et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire des amendes forfaitaires majorées. Cependant, le ministre ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, et en particulier l'information concernant le risque de se voir retirer des points de son permis de conduire, aient été transmises à l'intéressé, faute pour lui d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire correspondant. Il s'ensuit que les décisions du ministre de l'intérieur et des outre-mer retirant deux fois 1 point du capital de points du permis de conduire de M. A, à la suite des infractions commises les 27 juin 2021 et 21 mai 2023, doivent être regardées comme étant intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière et doivent être annulées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que, malgré le fait que M. A soit fondé à invoquer par voie d'exception, à l'encontre des décisions du ministre de l'intérieur constatant le défaut de validité de son permis de conduire, l'irrégularité des retraits de deux fois 1 point suite aux infractions commises les 27 juin 2021 et 21 mai 2023, son permis de conduire reste doté d'un solde de points nul. Par suite, les conclusions susvisées tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer portant invalidation du permis de conduire du requérant ainsi que de la décision implicite de rejet doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer à M. A la somme qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le magistrat désigné,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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