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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400302

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400302

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Soulier de la Selarl Soulier-Privat-Autric, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le maire de la commune de Poulx a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de révocation à compter du 24 février 2024 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Poulx de le réintégrer dans ses fonctions et de procéder à la reconstitution de sa carrière à compter du 21 juin 2023, dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de Poulx à lui verser la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral subi en raison de l'illégalité fautive de la sanction disciplinaire de révocation ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Poulx la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien préalable ;

- l'autorité territoriale n'a pas saisie sans délai le conseil de discipline alors qu'elle y était tenue ;

- l'arrêté attaqué et le courrier en portant notification ne comportent pas la mention de la possibilité dont il disposait de saisir le conseil de discipline de recours ;

- les faits ayant conduit au prononcé de la sanction de révocation n'ont pas donné lieu à l'engagement de poursuites pénales mais à la condamnation d'une contribution citoyenne d'un montant de 200 euros ;

- la sanction de révocation prononcée est disproportionnée ;

- il a subi un préjudice moral du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté contesté ;

- la reconstitution de sa carrière conduira l'autorité territoriale à recréditer son compte-épargne temps des 33, 5 jours que la commune lui a imposé de prendre préalablement à la date d'entrée en vigueur de sa révocation.

Par un mémoire en défense, enregistré 21 mars 2024, la commune de Poulx, représentée par Me Bocagnano de la Selarl Blanc-Tardivel-Bocognano, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la matérialité des faits est établie ;

- la sanction de révocation ne revêt pas un caractère disproportionné ;

- M. A a dû s'acquitter d'une contribution citoyenne pour avoir porté une arme blanche sur la voie publique ;

- au cours de sa carrière M. A a manifesté à plusieurs reprises un comportement violent ayant notamment entrainé le prononcé, par un arrêté du maire de la commune du 19 mars 2012, d'une sanction disciplinaire de suspension des fonctions de dix jours.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que, en l'absence de réclamation préalable de nature à lier le contentieux, sont irrecevables les conclusions tendant à la condamnation de la commune de Poulx à verser à M. A la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral subis en raison de l'illégalité de la sanction disciplinaire de révocation.

Vu :

- l'ordonnance n°2400320 du 7 février 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chaussard,

- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bocognano pour la commune de Poulx.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, Adjoint technique territorial principal de 1ère classe, exerçant les fonctions d'agent polyvalent au sein des services techniques de la commune de Poulx, suite à des faits survenus le 20 juin 2023, a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter de la même date pour une durée de quatre mois puis, par un arrêté du maire du 30 novembre 2023, a fait l'objet d'une sanction disciplinaire de révocation à compter du 24 février 2024. Il demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aucune disposition légale ou règlementaire ni aucun principe général du droit n'impose à l'autorité administrative de recevoir l'agent public lors d'un entretien préalablement à la saisine du conseil de discipline ni, après la réunion de ce conseil, avant qu'elle ne prenne une éventuelle sanction disciplinaire. Il ressort, au surplus, du courrier que lui a adressé le maire de Poulx, le 27 juin 2023, que M. A a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre ainsi que de son droit de consulter son dossier administratif individuel et d'être assisté du conseil de son choix et qu'il a, par ailleurs, été invité à se rapprocher du service des ressources humaines de la commune afin de convenir d'un rendez-vous à l'issu duquel il pourrait présenter ses observations. Les vices de procédures invoqués sur ces points doivent donc être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 532-1 du code général de la fonction publique : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination ou à l'autorité territoriale qui l'exerce dans les conditions prévues aux sections 2 et 3. ". Aux termes de l'article L. 532-2 du même code : " Aucune procédure disciplinaire ne peut être engagée au-delà d'un délai de trois ans à compter du jour où l'administration a eu une connaissance effective de la réalité, de la nature et de l'ampleur des faits passibles de sanction. () ".

4. La circonstance que le maire de la commune de Poulx a engagé la procédure disciplinaire le 27 juin 2023dans un délai de sept jours après le prononcé de la suspension à titre conservatoire de M. A prononcée par arrêté du 20 juin 2023, est, contrairement à ce qu'invoque M. A, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

5. En troisième lieu, la circonstance invoquée que l'arrêté attaqué et le courrier en portant notification ne comportent pas la mention de la possibilité de saisir le conseil de discipline de recours est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de cet acte administratif. Au surplus, une telle mention ne saurait être exigée dès lors que les conseils de discipline de recours ont été supprimés par le décret du 8 décembre 2020 relatif aux commissions administratives paritaires et aux conseils de discipline de la fonction publique territoriale à compter du renouvellement général des instances générales du dialogue social intervenu antérieurement à l'arrêté attaqué. Ce moyen inopérant doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ".

7. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les questions de savoir si les faits reprochés à un agent public constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Pour apprécier la gravité de la faute qui peut être reprochée à un agent public, et déterminer en conséquence le caractère proportionné de la sanction, le juge de l'excès de pouvoir tient compte des éléments et des circonstances de l'époque à laquelle les faits ont pris place et qui en constituent le contexte.

8. Il ressort de l'arrêté attaqué que la sanction querellée a été prise aux motifs que M. A a menacé de coup de couteau l'adjoint au directeur général des services en charge des ressources humaines de la commune de Poulx et que la fouille effectuée par la gendarmerie nationale dans la suite immédiate de ces faits a permis de retrouver une arme blanche dans son véhicule de service. D'une part, la matérialité de ces faits, au demeurant non contestée par M. A, est établie par le rapport d'intervention de la police municipale de la commune de Poulx en date du 20 juin 2023 ainsi que par les procès-verbaux de la gendarmerie nationale des 20 et 21 juin 2023. Il en ressort en particulier que le 20 juin 2023, alors qu'il était en service, M. A pris d'une vive colère envers sa hiérarchie au sujet de la mission qui lui avait été confiée a refusé d'obtempérer aux demandes de ses collègues de la police municipale qui l'invitait à retrouver son calme et a indiqué que s'il venait à être convoqué par l'adjoint au directeur général des service en charge des ressources humaines de la commune, " il le planterait avec son couteau "., La circonstance qu'aucune procédure pénale n'ait été ouverte par l'autorité judiciaire qui a prononcé, le 26 septembre 2023, une contribution citoyenne en retenant la seule infraction pour le port d'une arme banche à l'exclusion des menaces de mort, n'est pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits retenue par l'autorité territoriale qui constituent des manquements aux obligations statutaires de cet agent et sont ainsi constitutives de fautes justifiant le prononcé d'une sanction disciplinaire.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le très vif état de colère dans lequel M. A a proféré les graves menaces de mort envers l'adjoint au directeur général des ressources humaines trouve son origine dans un désaccord anodin avec son supérieur hiérarchique quant à la nature de la mission qui venait de lui être confiée qui ne saurait justifier l'ampleur de sa réaction. Ses états de services, en dépit de son ancienneté remontant à 1991, qui témoignent de son sérieux et de sa polyvalence sans révéler une manière de servir d'une qualité supérieure à celle attendue de tout agent, sont marqués, pour ce qui concerne la période la plus récente de sa carrière, par des difficultés relationnelles au travail, des sautes d'humeur, dont fait état son compte rendu d'évaluation pour l'année 2013, et un " " caractère qui gâche son professionnalisme " comme indiqué dans celui relatif à l'année 2014. Par ailleurs, M. A a déjà fait l'objet, le 19 mars 2012, d'une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de dix jours assortie d'un sursis de cinq jours pour des faits de violence verbale et physique à l'encontre d'un usager du service public avec lequel il s'est battu dans les locaux municipaux. Enfin, si l'intéressé se prévaut de son état de santé mentale au moment des faits ayant conduit au prononcé de la sanction disciplinaire en litige, il ne produit aucun document médical établissant la réalité de ses dires. Ainsi, au regard de l'ensemble de ces éléments, en dépit de l'avis du conseil de discipline favorable au prononcé d'une sanction du deuxième groupe et de l'absence d'ouverture d'une procédure pénale pour des faits de menace de mort, eu égard à la gravité des fautes commises par M. A, la sanction disciplinaire de révocation prononcée par l'arrêté en litige ne revêt pas un caractère disproportionné.

10. Il résulte de ce tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le maire de la commune de Poulx a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de révocation.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

11. Il résulte de tout ce qui a été dit aux points 2 à 10 que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait illégal et constituerait une faute engageant la responsabilité de la commune. Les conclusions qu'il a présenté à fin d'indemnisation du préjudice moral qu'il aurait subi doivent donc, en tout état de cause, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023 n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent donc être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à ce titre à la charge de la commune de Poulx qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas davantage lieu de faire application de ces dispositions au titre des frais exposés par la commune de Poulx et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Poulx au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Poulx.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le rapporteur,

M. CHAUSSARD

Le président,

G. ROUXLa greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 240030

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