Le Tribunal Administratif de Nîmes a examiné la requête de Mme A..., ressortissante tunisienne, contestant le rejet implicite de sa demande de titre de séjour pour vie privée et familiale. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a relevé d'office un moyen d'irrecevabilité, estimant qu'aucune décision implicite n'avait pu naître en raison de l'absence de comparution personnelle de l'intéressée en préfecture. Par conséquent, la requête a été rejetée comme irrecevable.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er février 2024, Mme B... A..., représentée par Me Gonand, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite du 17 septembre 2023 par laquelle la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande d’admission au séjour au titre de la vie privée et familiale ;
2°) d’enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer le titre de séjour demandé, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d’enjoindre à cette même autorité de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n’est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- en l’absence de communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, dans le délai d’un mois prévu par l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration, cette décision est entachée d’illégalité ;
- elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’elle a transféré le centre de ses intérêts privée et familiaux en France depuis cinq ans ;
- elle méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile eu égard à la durée de sa présence en France depuis cinq ans, à son excellente intégration au sein de la société française, notamment professionnelle et aux liens personnels étroits dont elle dispose sur le territoire national.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de ce que la requête de Mme A... est irrecevable en l’absence de décision implicite de refus de séjour ayant pu naître du silence gardé sur une demande adressée par voie postale le 29 avril 2023, en méconnaissance de la règle de comparution personnelle en préfecture.
Mme A... a produit le 4 novembre 2025 des observations en réponse au moyen d’ordre public relevé d’office.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Après avoir entendu le rapport de Mme Sarac-Deleigne au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., ressortissante tunisienne, née le 9 février 1972, a sollicité auprès des services de la préfecture de Vaucluse, par un courrier du 29 avril 2023, réceptionné le 17 mai 2023, la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La requérante demande au tribunal d’annuler la décision implicite par laquelle la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer le titre demandé.
2. Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ».
3. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211‑5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande (…) ».
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a demandé, par un premier courrier, réceptionné par les services de la préfecture du Vaucluse le 18 septembre 2023, la communication des motifs du refus de sa demande de titre de séjour née du silence gardé pendant plus de quatre mois par la préfète de Vaucluse sur sa demande de titre de séjour présentée le 17 mai 2023. Dès lors que l’administration préfectorale ne lui a pas communiqué les motifs de la décision implicite de rejet dans le délai d’un mois prévu par les dispositions précitées de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration, Mme A... est fondée à soutenir que la préfète de Vaucluse a méconnu l’obligation de motivation qui s’imposait à elle conformément aux dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à solliciter l’annulation de la décision implicite par laquelle la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour présentée 17 mai 2023.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
6. Le présent jugement implique seulement, eu égard à ses motifs, qu’il soit enjoint au préfet de Vaucluse, de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à Mme A... d’une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite du 17 septembre 2023 laquelle la préfète de Vaucluse a rejeté la demande d’admission au séjour de Mme A... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L’Etat versera à Mme A... la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,
Mme Mazars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.
La rapporteure,
B. SARAC-DELEIGNE
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.