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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400613

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400613

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2024 et un mémoire enregistré le 27 février 2024, Mme B C, représentée par Me Mallet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du préfet du Gard du 9 février 2024 rejetant sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer une carte de résident à tout le moins un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail et ce, dans le délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) A titre subsidiaire d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa demande de manière définitive dans un délai de quinze jours et de lui délivrer à ce titre un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

-la condition tenant à l'urgence à suspendre la décision est remplie dès lors qu'elle doit disposer d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant réfugié depuis plus d'un an et demi, qu'elle ne peut ni travailler ni poursuivre une formation et se trouve en situation de précarité, elle a été radiée des listes de pôle emploi le 25 janvier 2024, elle n'a pu intégrer la formation français langue étrangère à laquelle elle avait été acceptée ;

-la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions est remplie dès lors que :

*la décision est insuffisamment motivée ;

*la compétence du signataire de l'acte ne peut être vérifiée ;

*la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article R.424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est parent d'enfant ayant obtenu le statut de réfugié le 1er octobre 2022 ;

*la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle ne peut ni travailler ni suivre une formation et est condamnée à vivre dans la précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le préfet du Gard conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il soutient que la requérante ne peut se prévaloir de la qualité de parent d'enfant bénéficiant de l'asile dès lors que la décision d'admission au statut de réfugié qu'elle produit n'est pas datée et est en contradiction avec les données du dossier administratif de la famille et l'interrogation des services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides diligentée par ses services pour s'assurer de la fiabilité des informations en sa possession. Ainsi la demande de la requérante ne peut être instruite et le document produit qui l'en informe ne peut être regardé comme une décision faisant grief susceptible de recours.

Vu :

- la requête, enregistrée le 15 février 2024 sous le n° 2400620, par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision contestée.

- La décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 février 2024 à 10h00 tenue en présence de Mme Kremer, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de :

-Me Mallet pour Mme C qui reprend les conclusions et moyens de sa requête et insiste sur le fait que la requérante n'a jamais reçu de décision rejetant la demande d'asile de son fils et que l'urgence est caractérisée dès lors que la famille dont les demandes d'asile ont été rejetées sont installées sur le territoire depuis deux ans sous couvert de récépissés de demandes de titre de séjour et s'y sont intégrées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision implicite refusant le droit au séjour :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. D'une part, aux termes de l'article L.424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. /L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ".

3. D'autre part, le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour au motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande. L'annexe 10 à laquelle l'article R. 431-10 renvoie prévoit que le dossier de demande présentée sur le fondement de l'article L.424-3 du code doit notamment comporter la " -décision de l'OFPRA ou de la CNDA attribuant le statut de réfugié à votre conjoint, partenaire, concubin ou enfant ".

4. Mme C de nationalité vénézuélienne a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de parent d'enfant bénéficiaire du statut de réfugié sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En raison de la présence dans son dossier d'une décision de l'OFPRA non datée et en contradiction avec les données administratives de la famille de la demanderesse, le préfet du Gard a interrogé l'OFPRA qui a confirmé que la demande présentée pour l'enfant Gider Jossue Carbarcas Anteliz avait été rejetée par décision du 9 septembre 2022 notifiée par pli recommandé le 20 octobre 2022. Dans ces conditions et dès lors que la requérante ne pouvait se prévaloir d'une décision accordant le statut de réfugié à son fils et disposer ainsi d'un dossier complet, la décision de clôture d'instruction dont la suspension est demandée ne peut être regardée comme faisant grief à la requérante alors même que le préfet du Gard avait enregistré sa demande. Elle ne peut dès lors faire l'objet ni d'un recours pour excès de pouvoir ni par voie de conséquence d'un référé suspension.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme C aux fins de suspension de la décision de clôture de l'instruction ne peut qu'être rejetée. Il en va de même des conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au préfet du Gard.

Fait à Nîmes, le 28 février 2024.

La juge des référés,

C. A

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400613

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