mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400622 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BELAÏCHE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 15 février 2024 sous le n° 2400622, Mme A H, représentée par Me Belaïche, demande au tribunal :
- l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
- l'annulation de l'arrêté n° 2024-30-027-BCE du 2 février 2024 par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
- d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour en application des articles L. 911-1 et S. du code de justice administrative de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ; -
- de mettre à la charge de l'administration la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la motivation est insuffisante ;
- le droit d'être entendu a été violé faute de débat contradictoire ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son premier enfant est scolarisé en France et que son deuxième enfant est né à Bagnols-sur-Cèze ;
- la décision est prise en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision est prise en violation de l'article 3-1 de la CIDE ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est fondée à exciper de l'illégalité de l'OQTF.
- la décision est prise en violation de l'article 3 de la convention européenne. Elle est exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire reçu le 13 mars 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 15 février 2024 sous le n° 2400623, M. F H demande au tribunal :
- l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
- l'annulation de l'arrêté n° 2024-30-026-BCE du 2 février 2024 par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
- d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 100 euros par jour en application des articles L. 911-1 et S. du code de justice administrative de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
- de mettre à la charge de l'administration la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la motivation est insuffisante ;
- le droit d'être entendu a été violé faute de débat contradictoire ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son premier enfant est scolarisé en France et que son deuxième enfant est né à Bagnols-sur-Cèze ;
- la décision est prise en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision est prise en violation de l'article 3-1 de la CIDE ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'OQTF.
- la décision est prise en violation de l'article 3 de la convention européenne. Elle est exposée à des risques en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire reçu le 13 mars 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 mars 2024 :
- le rapport de M. Abauzit,
- les observations de Me Belaïche, pour Mme et M. H, et de M. H lui-même, assisté par Mme D, interprète en langue turque.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il y a lieu de joindre pour y statuer par un même jugement les requêtes de Mme A H et de son conjoint M. F H qui ont fait l'objet d'une instruction commune.
2. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme A H et M. F H et M. E G, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
3. Les époux Mme A H et F H, de nationalité turque, sont nés respectivement le 13 mars 1995 et le 7 août 199 en Turquie. Ils ont présenté des demandes d'asile en leur nom et en celui de leurs deux enfants, B C, né le 21 janvier 2016 en Turquie, et Bulu, né le 24 avril 2022 en France. Les demandes ont été rejetées le 9 septembre 2022 par le directeur de l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) et les recours contre ces décisions ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile le 6 octobre 2023. Les époux H demandent chacun l'annulation de l'arrêté le concernant du 2 février 2024 par lequel le préfet du Gard les oblige à quitter dans un délai de trente jours le territoire français et fixe le pays de destination.
4. Les arrêtés attaqués ont été signés, pour le préfet du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 21 août 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
5. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). " Chacun des actes attaqués mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment que les intéressés sont déboutés du droit d'asile, sont en France depuis le 28 janvier 2021, selon leurs déclarations et pourront reconstituer leur vie familiale avec leurs deux enfants. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté. De même doit être écarté le moyen tiré d'une vérification insuffisante de la situation personnelle des requérants.
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". La demande d'asile des requérants ayant été définitivement rejetée le préfet du Gard était fondé à faire application des dispositions précitées.
7. Les requérants, qui soutiennent que les actes attaqués ont été pris sans qu'ils aient été mis en mesure de formuler des observations avant leur intervention, ne précisent pas en quoi ils auraient été empêchés de porter utilement à la connaissance de l'administration les informations pertinentes tenant à leur situation personnelle avant l'adoption des mesures d'éloignement attaquées. Dès lors, le moyen tiré de ce que les actes attaqués auraient été pris en méconnaissance de leur droit d'être entendus doit être écartés.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Les requérants, en leur qualité de demandeurs d'asile déboutés, n'ont pas vocation à se maintenir sur le territoire national. S'ils font valoir que leur premier enfant est scolarisé en France et que leur deuxième enfant est né à Bagnols-sur-Cèze, les requérants ne justifient pas ne pas pouvoir poursuivre leur vie familiale hors de France où ils n'ont résidé qu'en qualité de demandeurs d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs le moyen tiré d'une erreur manifeste commise dans l'appréciation de leur situation personnelle ne peut être qu'écarté.
10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Si les requérants font valoir que leur premier enfant a débuté sa scolarisation en France et que leur deuxième enfant est né à Bagnols-sur-Cèze, ils ne justifient pas en cela que les arrêtés attaqués porteraient atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants, l'aîné pouvant être scolarisé en Turquie. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. Les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui les concerne, qui n'est pas illégale, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Les requérants n'assortissent leurs allégations sur les risques personnels encourus en cas de retour en Turquie d'aucun commencement de preuve et ne font état, en tout état de cause, d'aucune circonstance nouvelle quant à la matérialité des faits tels qu'ils ont été exposés devant l'OFPRA et la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 précité doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les requêtes tendant à l'annulation des arrêtés du 2 février 2024 ne peuvent être que rejetées, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1erer : Les requêtes n° 2400622 et 2400623 sont jointes.
Article 2 : Mme A H et M. F H sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 3 : Les requêtes de Mme A H et de M. F H sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H, à M. F H, au préfet du Gard et à Me.Belaïche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
Le magistrat désigné,
F. ABAUZIT
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400622
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026