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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400640

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400640

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBIFECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2024, M. E A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Bifeck, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 février 2024, par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié d'une délégation de signature, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, consentie à son auteur ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet du Gard a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée, eu égard à la circonstance que le préfet se borne à relever de manière stéréotypée qu'il n'est pas encouru de risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baccati, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les observations de Me Bifeck, avocate de M. A, assisté de M. C, interprète, qui persiste dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 7 janvier 2005, de nationalité tunisienne, est entré en France en 2020 selon ses déclarations. Il a été interpellé le 16 février 2020 pour des faits de vol à la roulotte, port d'arme prohibé de catégorie D et usage illicite de stupéfiants, et a fait l'objet le même jour d'un arrêté par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Gard par M. B D, chef du bureau du séjour et des étrangers de la préfecture du Gard. Par un arrêté du 21 août 2023, publié le 22 août au recueil des actes administratifs spécial n° 30.2023-098 de la préfecture du Gard, M. D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet du Gard toutes décisions ayant trait à l'éloignement et en particulier les arrêtés d'obligation de quitter le territoire et d'interdiction de retour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. A, âgé de 19 ans, célibataire et sans enfant, fait valoir qu'il est entré en France il y a 4 ans et qu'il y séjourne depuis, mais n'en justifie pas. Selon ses propres déclarations, réalisées lors de son audition de police du 16 février 2024, il a ses parents dans son pays d'origine. S'il fait valoir qu'il est hébergé à Nîmes par son frère Saif résidant régulièrement en France, ces circonstances, à les supposer établies, ne permettent pas de considérer que M. A aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

5. En dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par M. A n'est de nature à établir qu'en prononçant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet du Gard a commis une erreur manifeste d'éloignement. Ce moyen doit donc être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté au soutien de la contestation de la décision portant interdiction de retour, doit être écarté.

7. En second lieu, pour prendre à l'encontre de M. A la décision contestée d'interdiction de retour pour une durée d'un an, le préfet du Gard a d'abord visé les dispositions de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il faisait application. Puis il s'est fondé sur les circonstances propres à la situation de l'intéressé, en relevant qu'il est présent sur le territoire français depuis quatre ans, qu'il ne démontre pas l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il déclaré avoir ses parents dans son pays d'origine et un frère résidant régulièrement en France, et enfin que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, alors que M. A ne soutient pas avoir vainement tenté de porter à la connaissance de l'autorité administrative des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Gard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le magistrat désigné,

J. BACCATILa greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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