jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 février 2024 et 23 avril 2024, Mme A D B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle l'agence de services et de paiement a rejeté sa demande d'attribution du chèque énergie au titre des années 2022 et 2023 ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique par laquelle le ministre de la transition écologique a refusé d'ordonner à l'Agence de services et de paiement la délivrance des chèques énergie 2022 et 2023 ;
3°) d'enjoindre la communication du règlement interne qui la rend éligible aux chèques énergie au titre de l'année 2022 et 2023 ;
4°) d'enjoindre à l'agence de services et de paiement de lui délivrer les chèques énergie 2022 et 2023 ;
5°) de condamner l'agence de services et de paiement aux entiers dépens de l'instance.
Elle soutient :
- remplir les conditions fixées par l'arrêté du 24 février 2021 et l'arrêté du 3 mars 2023 pour bénéficier du chèque énergie au titre de l'année 2022 et 2023 dès lors que son revenu fiscal de référence s'élève à 0 euros sur l'année 2021 et à 1 390 euros sur l'année 2022 ;
- elle a le droit de se voir communiquer le règlement interne de l'ASP en vertu des dispositions de l'article 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, l'agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.
L'agence de services et de paiement fait valoir que les moyens soulevés par Mme D B sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code général des impôts ;
- l'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie et instituant un plafond au frais de gestion pouvant être déduits de l'aide spécifique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative, la rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est tenue le 23 mai 2024 à 10h30 en l'absence des parties et au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Chamot ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle l'agence de services et de paiement a rejeté sa demande d'attribution du chèque énergie au titre de l'année 2022 et 2023 ainsi que la décision par laquelle le ministre de la transition écologique a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé le 29 novembre 2023.
2. Un recours contre le refus d'accorder un chèque énergie, sur lequel il appartient au juge administratif de statuer en qualité de juge de plein contentieux, est au nombre des requêtes relatives aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, devant être jugées selon les règles particulières de présentation, instruction et jugement fixées aux articles R. 772-5 et suivants du code de justice administrative.
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'attribution du chèque énergie, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
4. Aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'énergie : " Le chèque énergie est un titre spécial de paiement permettant aux ménages dont le revenu fiscal de référence est, compte tenu de la composition du ménage, inférieur à un plafond d'acquitter tout ou partie du montant des dépenses d'énergie relatives à leur logement ou des dépenses qu'ils assument pour l'amélioration de la qualité environnementale ou la capacité de maîtrise de la consommation d'énergie de ce logement comprises parmi celles mentionnées à l'article 200 quater du code général des impôts. Le chèque énergie est émis et attribué à ses bénéficiaires par l'agence de services et de paiement mentionnée à l'article L. 313-1 du code rural et de la pêche maritime, qui en assure le remboursement aux personnes et organismes définis par décret en Conseil d'Etat (). L'administration fiscale constitue un fichier établissant une liste des personnes remplissant les conditions prévues au premier alinéa du présent article et comportant les éléments nécessaires au calcul du montant de l'aide dont elles peuvent bénéficier. Ce fichier est transmis à l'Agence de services et de paiement afin de lui permettre d'adresser aux intéressés le chèque énergie. L'agence préserve la confidentialité des informations qui lui sont transmises.".
5. Aux termes de l'article R. 124-1 du même code : " Le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation est inférieur à 7 700 euros, au titre de leur résidence principale 5 (). Ce montant peut être réévalué par arrêté des ministres chargés de l'économie et de l'énergie. / Au sens du présent chapitre, le ménage désigne une ou plusieurs personnes physiques qui ont, au 1er janvier de l'année de l'imposition, la disposition ou la jouissance d'un local imposable à la taxe d'habitation prévue à l'article 1407 du code général des impôts. Le revenu fiscal de référence du ménage est la somme des revenus fiscaux de référence des contribuables ayant la disposition ou la jouissance du local. La première ou seule personne du ménage constitue une unité de consommation. La deuxième personne est prise en compte pour 0,5 unité de consommation. Chaque personne supplémentaire est prise en compte pour 0,3 unité de consommation. (). ". L'article R. 124-3 du même code définit la valeur faciale du chèque énergie (TTC) selon le revenu fiscal de référence (RFR) du ménage et le nombre d'unités de consommation (UC). Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie : " A compter du 1er janvier 2021, le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu de référence annuel par unité de consommation est inférieur à 10 800 euros ". L'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie a porté le montant du chèque énergie à 194 euros pour un UC de 1 et un RFR inférieur à 5 600 euros.
6. L'ASP a rejeté la réclamation formée par Mme D B, aux motifs que cette dernière est rattachée à la taxe d'habitation de sa mère, Mme B C, qui a elle-même perçu un chèque énergie pour les années 2022 et 2023 et que, au surplus, la réclamation portée au titre de l'année 2022 est tardive.
En ce qui concerne le chèque énergie 2022 :
7. Il résulte de l'instruction que Mme D B a signé un contrat de location le 1er août 2022. Dans ces conditions, elle ne remplit pas la condition relative à la disposition ou la jouissance d'un local imposable à la taxe d'habitation au 1er janvier de l'année d'imposition, prévue par l'article R. 124-1 du code de l'énergie précité. Elle n'est par suite pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de chèque énergie au titre de l'année 2022.
En ce qui concerne le chèque énergie 2023 :
8. Il résulte de l'instruction que le revenu fiscal de référence de Mme D B au titre de l'année 2023 était de 1 390 euros pour une part, soit un montant inférieur au revenu fiscal de référence de 5 600 euros. Conformément aux dispositions qui figurent dans le tableau détaillé à l'article R. 124-3 du code de l'énergie précité, il en résulte que Mme D B est éligible au chèque énergie. La circonstance que sa mère, Mme C B, aurait indûment perçu un chèque énergie au titre de cette année 2023 est sans incidence sur les droits distincts de Mme D B. Dans ces conditions, c'est à tort que l'ASP a refusé de lui attribuer le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2023.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision implicite refusant le bénéfice du " chèque énergie " au titre de l'année 2023, ainsi que la décision par laquelle le ministre de la transition écologique a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé le 29 novembre 2023. Compte tenu des dispositions citées au point 5, et eu égard à sa situation, la requérante a droit au " chèque énergie " au titre de l'année 2023 pour un montant de 194 euros, tel que précisé à l'article 2 de l'arrêté du 24 février 2021 susvisé.
Sur les frais d'instance :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement une somme au titre des frais exposés par Mme D B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de l'Agence de services et de paiement refusant d'accorder un chèque énergie 2023 à Mme D B et la décision implicite du ministre de la transition écologique rejetant le recours hiérarchique de Mme D B formé le 29 novembre 2023 sont annulées.
Article 2 : L'agence de services et de paiement versera à Mme D B la somme de 194 euros au titre du chèque énergie de l'année 2023, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B et à l'agence de services et de paiement.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La magistrate désignée,
C. CHAMOT La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400700
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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