mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400725 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | DENIZHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire, un mémoire, et des pièces complémentaires, enregistrés les 23, 26 et 27 février 2024, M. C A, actuellement retenu au centre de rétention de Nîmes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire sans délai, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer dans un délai de quinze jours une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
* l'arrêté est entaché d'incompétence ;
* Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales compte tenu de la présence en France de sa concubine, ressortissante française, enceinte de ses œuvres ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant à naître protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
* Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- elle est entachée d'erreurs d'appréciation ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant à naître protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Galtier, première conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience, le 27 février 2024 à 14h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galtier, magistrate désignée,
- les observations de Me Denizhan, avocate commise d'office, assistant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens ;
- les observations complémentaires de M. A sur sa situation, qui fait valoir notamment la situation de sa compagne enceinte, qu'il a exécuté la première mesure d'éloignement prise à son encontre en 2019, et qu'il ne présente pas de troubles pour l'ordre public ;
- le préfet du Gers n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 4 avril 1997, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Jean-Sébastien Boucard, secrétaire général de la préfecture du Gers, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet du Gers en vertu d'un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que des débats tenus lors l'audience publique, que le requérant soutient vivre en concubinage avec Mme B, ressortissante française enceinte de six mois, au domicile de celle-ci. Toutefois, les pièces versées au dossier n'établissent ni le concubinage allégué, ni la réalité de la paternité de M. A quant à cet enfant à naître. Or, le préfet du Gers établit que l'intéressé, qui a été interpellé le 21 février 2024 à Pujaudran en flagrant délit de recel de bien obtenu à l'aide d'un abus de confiance, est défavorablement connu des services de police alors que, depuis son entrée irrégulière alléguée sur le territoire en 2015, il a fait l'objet d'un placement en garde à vue pour des faits de menaces de mort réitérées, violence avec usage et menace d'une arme et maintien en situation irrégulière. Enfin, si le requérant, dont la demande d'asile présentée le 2 avril 2016 a fait l'objet d'une décision définitive de rejet le 7 janvier 2019, fait valoir qu'il a exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 31 mai 2019, sans toutefois le démontrer, il ressort des pièces du dossier qu'il a par la suite fait l'objet de deux autres mesures d'éloignement les 18 mai 2021 et 26 juillet 2022, auxquelles il ne conteste pas s'être soustrait. Dans ces conditions, M. A, qui ne soutient ni même n'allègue avoir sollicité un titre de séjour auprès des autorités françaises depuis le rejet de sa demande d'asile, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Gers a, par l'édiction de la mesure litigieuse, porté au respect de sa vie privée et familiale, au demeurant constituée très récemment, une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français.
5. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 et publié au Journal Officiel de la République française par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Toutefois, les stipulations précitées ne peuvent être utilement invoquées dans le cas d'un enfant à naître. Par suite, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision en litige et doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "
7. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
8. En premier lieu, en se bornant à se prévaloir de son innocence quant au délit pour lequel il a été interpellé le 21 février 2024, ainsi que de l'absence de troubles à l'ordre public, contredite au demeurant par la précédente interpellation pour atteintes à la personne, M. A, ne justifie pas de l'existence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à la prise d'une interdiction de retour. Or, compte tenu des conditions de séjour de l'intéressé et des liens dont il se prévaut, rappelés au point 4 du présent jugement, le préfet pouvait légalement, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, prononcer une telle interdiction pour une durée de deux ans. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En second lieu, et ainsi qu'il a été dit, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent être utilement invoquées dans le cas d'un enfant à naître. Par suite, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision en litige et doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet du Gers, et à Me Denizhan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024
La magistrate désignée,
F. GALTIERLa greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026