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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400776

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400776

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 28 février 2024, Mme A C, représentée par Me Ghaem, demande au tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- d'annuler l'arrêté n° ASI/84/2024/08 du 13 février 2024 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

- d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade en application de l'article L. 425-9 du Ceseda dans le délai d'un mois et sous astreinte de 500 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme 1 500 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil.

Elle soutient que :

- la décision querellée est entachée d'une erreur de droit faute pour la préfecture d'avoir procédé à un examen de la demande de titre de séjour pour raisons médicales déposée par la requérante sur le fondement de l'article L. 425-9 du CESEDA ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante ;

- le principe général du droit d'être entendu a été violé ;

- l'arrêté querellé en ce qu'il organise son éloignement vers la Guinée Conakry porte atteinte au droit de Mme C de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants ;

Par un envoi enregistré le 3 avril 2024 à 9h50 le préfet de Vaucluse transmet un arrêté du conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 mars 2024 du Bureau d'aide juridictionnelle la requérante a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Ghaem, pour Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, de nationalité guinéenne, née le 1er février 1997 à Conakry est entrée en France en juin 2002 en provenance d'Espagne, pays qu'elle avait rejoint en 2021 après avoir quitté le Maroc où elle s'était installée. Elle a présenté le 10 juin 2022 en son nom et en celui de son fils B, né le 10 octobre 2020, une demande d'asile à l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le préfet des Bouches-du-Rhône, par arrêté en date du 9 août 2022, a ordonné le transfert de Mme C aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile. La demande d'asile de Mme C a été ensuite examinée par l'OFPRA qui l'a rejetée le 11 septembre 2023. Le recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 29 décembre 2023. Par un arrêté en date du 13 février 2024, qui est l'acte attaqué, la préfète de Vaucluse a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme C, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. Mme C, qui a présenté une demande d'asile, a été en mesure de porter tous éléments pertinents à la connaissance de l'administration avant l'intervention de la mesure d'éloignement en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait été fait obstacle ou qu'elle aurait été empêchée de le faire. Par suite, elle ne peut pas être regardée comme ayant été privée de son droit à être entendu, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

3. La mesure d'éloignement concernant la requérante a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ;/ Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. " et aux termes de l'article ²L. 613-1 : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ".

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du même code " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable " et aux termes de L. 431-2 " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. /Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. "

5. Mme C fait valoir qu'elle a présenté au préfet des Bouches-du-Rhône une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade le 2 septembre 2022 par l'intermédiaire de Réseau Santé Marseille Sud, accompagnée d'un certificat médical en date du 9 septembre 2022 d'un médecin de l'IHU Méditerranée Infection, et que cette demande, confirmée par un courrier déposé le 13 septembre 2022 en préfecture, n'a pas été prise en compte. Mme C soutient que la décision d'éloignement est entachée d'une erreur de droit faute pour la préfecture de Vaucluse d'avoir procédé à un examen de cette demande et d'une absence d'examen sérieux de sa situation personnelle. Toutefois il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de titre de séjour - présentée alors que la requérante devait être transférée aux autorités espagnoles - ait fait l'objet de quelque suite. La requérante ne justifie pas avoir renouvelé sa demande lors de la reprise de la procédure de demande d'asile par la préfète de Vaucluse ou avoir transmis des pièces médicales justifiant de la gravité de son état de santé. Dès lors la préfète de Vaucluse, en l'absence des éléments médicaux requis à la date de sa décision, n'était pas tenue de vérifier rechercher si la situation personnelle de l'intéressée devait être également vérifiée au titre de la maladie. Le moyen tiré d'une absence d'examen sérieux de la situation de la requérante doit être écarté.

6. Il ne ressort pas par ailleurs des certificats médicaux produits en l'instance que l'intéressée puisse manifestement bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, eu égard notamment à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la Guinée, qui ferait obstacle à l'obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". La requérante ne justifie par aucun élément la réalité des risques auxquels elle allègue être exposée en cas de retour dans son pays du fait de sa maladie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées et d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 février 2024 de la préfète de Vaucluse. Par suite ses conclusions à fins d'injonction et de condamnation de l'État sur le fondement de l'article L .761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent également être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet Vaucluse et à Me Ghaem.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400776

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