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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400801

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400801

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGIRONDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 29 février 2024 sous le n° 2400801, M. A E demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 2024-30-040-BCE du 2 février 2024, par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- les droits de la défense ont été violés ; il aurait pu faire valoir qu'il est parfaitement bien intégré en France et qu'il encourt des risques en cas de retour en Arménie ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il est fondée à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

- la décision est prise en violation de l'article 3 de la CEDH.

Par un mémoire reçu le 28 mars 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 29 février 2024 sous le n° 2400802, Mme C F demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 2024-30-041-BCE du 2 février 2024, par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- les droits de la défense ont été violés ; elle aurait pu faire valoir qu'il est parfaitement bien intégrée en France et qu'elle encourt des risques en cas de retour en Arménie ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste quant aux conséquences sur sa situation personnelle

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

- la décision est prise en violation de l'article 3 de la CEDH.

Par un mémoire reçu le 28 mars 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C F a été admise à l'aide juridictionnelle totale le 26 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Girondon, pour M. E et Mme F, assistés par Mme D, interprète en langue arménienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Les recours de M. E et de Mme F ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer sur une seule décision.

2. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. E à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Par arrêtés du 2 février 2024, qui sont les actes attaqués, le préfet du Gard a obligé M. A E, né le 13 septembre 1977 à Aparan (Arménie) et sa conjointe Mme C F née le 7 février 1986 à Eghvard (Arménie), ressortissants arméniens, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

4. Chacun des requérants, qui soutient que l'acte attaqué le concernant a été pris sans qu'il ait été mis en mesure de formuler des observations avant son intervention, ne précise pas, en se bornant à faire valoir une bonne intégration en France et l'existence de risques en cas de retour en Arménie, en quoi il aurait été empêché de porter utilement à la connaissance de l'administration les informations pertinentes tenant à sa situation personnelle avant l'adoption de la mesure d'éloignement attaquée. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'acte attaqué aurait été pris en méconnaissance de son droit d'être entendus doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". La demande d'asile des requérants a été enregistrée le 10 janvier 2023 par l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA), qui l'a rejetée en procédure accélérée par des décisions du 6 juin 2023 du directeur général de l'OFPRA. Les recours contre ces décisions ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile le 12 décembre 2023, décision notifiée le 24 suivant. La demande d'asile ayant été rejetée le préfet du Gard était fondé à ordonner l'éloignement des requérants sur le 4° précité.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En l'espèce, les requérants sont arrivés en France avec leur fille B, née le 26 juin 2018, en novembre 2022 et ils n'avaient pas vocation à rester sur le territoire français à la suite du rejet de leur demande d'asile. Ils ne justifient d'aucun empêchement à poursuivre hors de France leur vie privée et familiale et d'aucune atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté, de même, pour le même motif, que le moyen tiré de la commission d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leur situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les requérants ne peuvent exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de leurs conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces textes font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Les requérants, dont la situation a été examinée récemment par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ne justifient par aucun élément ou document la réalité des risques personnels auxquels ils allèguent être exposés en Arménie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les requêtes tendant à l'annulation des arrêtés du 2 février 2024 ne peuvent être que rejetées, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2400801 et 2400802 sont jointes.

Article 2 : M. A E est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : Les requêtes de M. A E et de Mme C F sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Mme C F, au préfet du Gard et à Me Girondon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400801 et 2400802

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