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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400863

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400863

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTARTANSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2024, Mme G D, Mme F A et Mme E A, représentées par Me Disdet, demandent au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert chargé de se prononcer sur l'origine des désordres qui affectent l'immeuble dont elles sont respectivement usufruitière et nues-propriétaires.

Elles soutiennent que :

- l'ensemble immobilier dont elles sont propriétaires est affecté de problèmes d'humidité imputables à une éventuelle fuite sur le réseau public ;

- les précédentes investigations n'étaient pas de nature à écarter l'hypothèse d'une fuite probable sur le réseau public retenue par l'expert amiable.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2024, le syndicat mixte Durance Luberon, représenté par Me Tartanson, conclut :

- au rejet de la requête ;

- à ce que les requérantes soient condamnées à verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'expertise sollicitée est inutile en ce que toutes les causes de fuites possibles pouvant provenir du réseau d'alimentation d'eau public ont été vérifiées par les expertises précédentes et aucune fuite n'a été révélée.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024, la commune de La Bastide-des-Jourdans, représentée par Me Cros, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, à ce que la commune de La Bastide-des-Jourdans soit mise hors de cause ;

- à titre infiniment subsidiaire, à ce que les requérantes versent la somme de 1 500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'expertise sollicitée est inutile dès lors que les expertises précédentes excluent toute imputabilité des ouvrages publics de distribution d'eau dans la survenance des désordres d'humidité invoqués par les requérantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article R. 532-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mise hors de cause de la commune de La Bastide-des-Jourdans :

1. En l'état de l'instruction, alors que la présente procédure ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction ou de constat ne faisant pas préjudice au principal, et qu'il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur le fondement juridique sur lequel la commune de La Bastide-des-Jourdans est susceptible de voir sa responsabilité recherchée, sa participation aux opérations d'expertise ou de constat n'apparaît pas inutile, eu égard à la nature du désordre en cause. Par suite, sa demande tendant à ce qu'elle soit mise hors de cause doit être rejetée.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () " ; que si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

3. Du fait du caractère incomplet des expertises antérieures et de l'incertitude qui demeure concernant l'hypothèse d'une fuite sur le réseau public, les mesures d'expertise demandées par Mme D et Mesdames A, qui ont intérêt à agir, présentent une utilité et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

5. Il n'y a pas lieu, dans la présente instance de référé, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B C, domicilié à Le Nid bâtiment A, 285 chemin du Roc Fleuri à Aix-en-Provence (13100), est désigné en qualité d'expert, il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer et prendre connaissance de toutes pièces utiles à l'accomplissement de sa mission, notamment des rapports d'expertise et de recherche de fuite déjà réalisées, ainsi que des documents techniques en possession de Mme D, Mesdames A, de la commune de La Bastide-des-Jourdans et du syndicat mixte Durance Luberon ;

2°) se rendre sur les lieux sis 24 et 26 rue Sous Château à La Bastide-des-Jourdans et effectuer un relevé précis et détaillé de la nature et de l'étendue des désordres, résultant des infiltrations qui affectent l'ensemble immobilier, constatés depuis 2020, en précisant si faire se peut la date de leur apparition et leur caractère continu éventuel ;

3°) donner tous les éléments utiles d'appréciation sur la ou les causes des désordres constatés, en précisant s'ils sont imputables à des défauts d'entretien, de pose ou de raccordement d'équipements à la charge et à la garde des propriétaires, au réseau public de canalisation ou à toute autre cause et, dans le cas de causes multiples, en indiquant la part d'imputabilité à chacune d'entre elles ;

4°) déterminer les travaux de nature à remédier définitivement aux désordres constatés ;

5°) fournir au juge les éléments lui permettant d'apprécier l'étendue des préjudices et notamment l'évaluation du coût des travaux nécessaires à réparer les désordres et leur durée ;

6°) donner tous les éléments utiles d'appréciation sur les responsabilités encourues et les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de Mme D, Mesdames A, de la commune de La Bastide-des-Jourdans et du syndicat mixte Durance Luberon.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera, avant le 31 décembre 2024, son rapport global au greffe en deux exemplaires, dont un exemplaire sous format numérique. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G D, à Mesdames F et E A, à la commune de La Bastide-des-Jourdans, au syndicat mixte Durance Luberon et à M. B C, expert.

Fait à Nîmes, le 20 juin 2024

Le juge des référés,

P. PERETTI

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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