mercredi 13 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | EZZAÏTAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2024, M. E A C, représenté par Me Ezzaïtab, demande au tribunal :
1) d'annuler les décisions en date du 5 décembre 2023 par lesquelles le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable faute de notification régulière de la décision contestée lors de la détention ;
-la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'incompétence ; le préfet n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation ainsi qu'en témoigne l'absence de précision quant à sa demande de régularisation effectuée en 2022 ; cette décision est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ; elle est dépourvue de base légale.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024 le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est tardive et qu'elle non fondée dans les moyens qu'elle soulève.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lellig pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Lellig ;
-et les observations de Me Ezzaïtab, représentant M. A C, et de M. C lui-même, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise ; il soutient résider en France depuis 8 ans, avoir déposé deux demandes de titres de séjour et avoir un frère et deux tantes présents sur le territoire ;
-le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né en 1981, est entré régulièrement en France le 16 octobre 2016. Par les décisions qu'il conteste, le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. L'arrêté contesté a été signé par Mme B D, sous-préfète chargée de mission, en vertu d'une délégation de signature consentie par arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque dès lors en fait et doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Var s'est fondé pour prendre les décisions que comporte cet acte, et qui permettent d'établir que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant, alors même que les suites données à sa demande de régularisation faite en 2022 ne seraient pas précisées.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. A C est entré en France en 2016 à l'âge de 35 ans. Il se maintient sur le territoire de manière irrégulière, malgré les demandes de régularisation dont il fait état mais ne justifie pas. Si M. A C est pacsé, depuis le 16 septembre 2021, avec une ressortissante française, aucune des pièces versées au dossier ne permet d'établir l'intensité des liens privés et familiaux qu'il aurait établi en France, ni les relations qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille présents en France. M. A C n'est d'ailleurs pas isolé dans son pays d'origine, dans lequel résident ses parents et des membres de sa fratrie, et dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, M. A C a fait l'objet d'une condamnation à une peine de 12 mois d'emprisonnement dont 8 avec sursis pour des faits de récidive de conduite en état d'ivresse et refus d'obtempérer. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A C.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
6. La décision litigieuse rappelle la nationalité de M. A C, vise les textes applicables et mentionne que la décision ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque dès lors en fait et doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 5 que M. A C n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.
Sur les autres conclusions :
9. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction et d'astreinte, comme celles relatives aux frais d'instance doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A C, au préfet du Var et Me Wafae Ezzaïtab.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.
La magistrate désignée,
W. LELLIG
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400903
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