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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400915

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400915

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 et 12 mars 2024, M. C D, représenté par Me Auliard, demande au tribunal :

1) d'annuler les décisions en date du 8 mars 2024 par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans ;

2) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ; elle est dépourvue de base légale ;

- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ; elle est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2024 le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lellig pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Lellig ;

-et les observations de Me Auliard, représentant M. D, et de M. D lui-même, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise ; il soutient en outre que le préfet a commis une erreur de fait car de nombreuses mentions relatives à sa situation pénale ne le concernent pas ; la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de 4 ans est entachée d'une contradiction entre les motifs et le dispositif ; cette décision est excessive dans sa durée.

-le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né en 1989, demande l'annulation des décisions par lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme A B, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté n° 2024-035 du 11 janvier 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 09.2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme B a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement et notamment les obligations de quitter le territoire français ainsi que les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour prendre les décisions que comporte cet acte, et qui permettent d'établir que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

4. Par ailleurs, contrairement à ce qui est soutenu, le préfet ne mentionne pas d'autres condamnations pénales que celle du 11 juillet 2023 pour des faits de violence sur conjoint, mais se borne à indiquer les faits pour lesquels M. D fait également l'objet d'une inscription sur le fichier du traitement des antécédents judiciaires. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de fait relative aux condamnations pénales dont M. D a fait l'objet doit donc être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D soutient être entré en France en 2017, à l'âge de 28 ans, et s'y maintient irrégulièrement depuis. Il ne fait état d'aucune attache d'ordre privé ou familial sur le territoire national, à l'exception d'une sœur résidant à Rennes. Il a en outre fait l'objet d'une condamnation à une peine de 18 mois d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans, pour des faits de violence sur concubin suivie d'une incapacité supérieure à 8 jours. M. D n'est par suite pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée porterait atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

7. Si M. D, qui ne justifie d'aucun droit au séjour, soutient travailler en qualité de plombier depuis son entrée sur le territoire, cette circonstance n'est pas de nature à établir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. La décision litigieuse rappelle la nationalité de M. D, vise les textes applicables et mentionne que la décision ne contrevient pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque dès lors en fait et doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 7 que M. D n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée de quatre ans :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

11. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français mentionne de manière suffisamment précise l'ensemble des circonstances de fait, propres à la situation du requérant, et de droit qui en constituent le fondement. La circonstance que ne soient pas indiquées les raisons pour lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas considéré que des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle au prononcé de l'interdiction de retour n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation.

12. En deuxième lieu, si les motifs indiquent, de manière erronée, que les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent de prononcer une interdiction de retour sur le territoire pour une durée pouvant aller jusqu'à trois ans, alors que le dispositif prononce une telle mesure pour une durée de quatre ans, conformément aux nouvelles dispositions applicables entrées en vigueur le 28 janvier 2024, une telle erreur de plume, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision portant interdiction de retour sur le territoire, suffisamment motivée par ailleurs, ainsi qu'il a été exposé au point précédent.

13. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point 10 que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

14. Pour fixer à quatre ans la durée de l'interdiction de retour de M. D, le préfet des Alpes-Maritimes a tenu compte de ce que l'intéressé ne justifie pas de la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français, ni de la nature de ses liens avec la France, qu'il est célibataire et sans charge de famille et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public du fait de sa condamnation le 11 juillet 2023 par le tribunal correctionnel de Rennes. Eu égard à la gravité des infractions commises par M. D sur la période récente, ainsi que sur l'absence de toute attache particulière sur le territoire français sur lequel l'intéressé se maintient irrégulièrement, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation ni porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

15. Enfin, il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 7 que M. D n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.

Sur les conclusions accessoires :

17. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction comme celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Salomé Auliard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La magistrate désignée,

W. LELLIG

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400915

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