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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400929

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400929

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre magistrat statuant seul

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, M. A B, représenté par Me Gathelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2023 par laquelle la commission départementale de médiation de Vaucluse a rejeté son recours amiable présenté sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation en vue d'une offre d'hébergement, d'un logement de transition, d'un logement-foyer ou d'une résidence hôtelière à vocation sociale;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de saisir la commission départementale de médiation de Vaucluse pour faire reconnaître sa demande comme prioritaire ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Gathelier sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de la commission de médiation est entachée d'une erreur de droit au regard du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision de la commission de médiation est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il expose que la décision de la commission de médiation est légalement justifiée et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 mars 2024, M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 24 juillet 2013 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Conesa-Terrade, première conseillère, pour statuer sur les litiges énumérés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Conesa-Terrade a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juin 2024 en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 23 octobre 1994, célibataire et sans enfant, entré irrégulièrement sur le territoire français en septembre 2019, dans l'obligation de quitter le territoire français après le rejet de sa demande d'asile, et ayant dû, pour ce motif, quitter, en application de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le centre d'accueil pour demandeurs d'asile dans lequel il était hébergé jusqu'alors en vertu de l'article L. 552-2 du même code, a été accueilli à compter du 8 septembre 2022 au sein d'un dispositif d'hébergement d'urgence géré par l'association Le Village à Cavaillon. Il a saisi, le 19 octobre 2023, la commission de médiation de Vaucluse d'un recours amiable présenté sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, aux fins d'obtenir une proposition d'hébergement dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Par une décision du 14 décembre 2023, notifiée le 14 février 2024, la commission de médiation a rejeté son recours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département () ". Lorsque le demandeur est présent sur le territoire français en situation irrégulière et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, la commission qui dispose d'un large pouvoir d'appréciation a la faculté de prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement.

3. Il résulte de ces dispositions que les conditions réglementaires d'accès à l'hébergement sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer. Si les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire, n'ont pas vocation en principe à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge, de vérifier si des circonstances particulières justifient qu'ils soient reconnus comme prioritaires et devant être hébergés en urgence.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige M. B, définitivement débouté de sa demande d'asile, était dans l'obligation de quitter le territoire français et que, la préfète de Vaucluse avait mis fin à sa prise en charge et à son hébergement dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence dans un délai de 15 jours à compter de la notification de sa décision du 28 septembre 2023. Contrairement à ce que soutient M. B, la commission de médiation n'a pas fondé la décision en litige sur son maintien en centre d'hébergement d'urgence. Le requérant ne peut davantage se prévaloir d'un droit inconditionnel à l'hébergement au soutien de son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que la commission de médiation s'est fondée, au terme d'une appréciation globale de la situation de l'intéressé, sur le caractère non avéré de la situation de vulnérabilité dont M. B se prévalait au soutien de son recours amiable. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est borné à produire devant la commission de médiation des documents médicaux datés de septembre 2019, septembre 2021 et octobre 2021. En l'absence d'éléments récents attestant de circonstances de nature à justifier qu'il soit reconnu comme prioritaire et devant être hébergé d'urgence, la commission de médiation n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, une somme au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2400929 est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

E. CONESA-TERRADE

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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