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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400963

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400963

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. B A, représenté par Me Viens, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de trente jours à compter à compter de la notification du présent jugement, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a droit à un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien ;

- en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences de cette décision sur sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet du Gard, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- et les observations de Me Viens, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 31 mai 1992, est entré en France le 18 février 2020 sous couvert d'un visa installation " famille de français " suite à son mariage avec une ressortissante française Mme C, le 26 avril 2018. De cette union, deux enfants sont nés le 15 février 2020 et le 16 août 2021 à Nîmes. Il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien valable du 15 septembre 2020 au 14 septembre 2021. Il a sollicité le 31 mai 2021, le renouvellement de son certificat de résidence. Par un arrêté du 8 février 2024, le préfet du Gard a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'exposé précédemment, que M. A est entré régulièrement en France le 18 février 2020 sous couvert d'un visa d'installation " famille de français ". En raison de son mariage avec Mme C, le 26 avril 2018, M. A a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 15 septembre 2020 au 14 septembre 2021. De cette union sont nées deux enfants français en 2020 et 2021. Si cette relation a temporairement pris fin en 2022, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation que la communauté de vie a repris avec Mme C et que cette dernière est enceinte du troisième enfant du couple. M. A produit, en outre, des relevés de mission d'intérim, un contrat de travail à durée déterminée et un contrat de travail à durée indéterminée attestant d'une activité professionnelle régulière depuis décembre 2020. Il subvient seul aux besoins de sa famille, son épouse ne travaillant pas. Il produit également une attestation de formation en qualité d'opérateur de " conduite d'engins ou réalisation de travaux urgents " réalisée en 2021 et un contrat à durée indéterminée en qualité de technicien télécom à compter du 12 février 2024. Ainsi, eu égard à la durée de présence en France du requérant s'élevant à quatre ans à la date de la décision attaquée, à son intégration professionnelle, à l'ancienneté de sa relation avec une ressortissante française et à la naissance de ses enfants français, M. A établit avoir déplacé sur le territoire français le centre de ses intérêts privés et familiaux. Il est, par suite, fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de Vaucluse a méconnu les stipulations précitées.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Gard de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 février 2024 du préfet du Gard est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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