mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mars 2024, Mme B D épouse C, représentée par Me Bruna-Russo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour temporaire, subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter du jugement intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 580 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* sur la légalité de la décision de refus de séjour, à titre principal :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle réside en France depuis quatre années, territoire sur lequel sont nés deux de ses trois enfants mineurs aujourd'hui scolarisés, et que son époux, qui résident sous couvert d'une carte de résident, ne peut quitter compte tenu de son droit de visite et d'hébergement concernant son fils français issu d'une précédente union ;
- elle méconnaît son droit au séjour au titre de sa vie privée et familiale consacré par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la préfète n'a pas statué sur la demande de régularisation fondée sur ces dispositions, laquelle demande avait vocation à être satisfaite compte tenu des revenus de son époux et du très jeune âge de ses enfants ;
- sa situation justifiait une régularisation à titre exceptionnel ou pour des considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas fait l'objet d'un examen par la préfète ;
- la préfète a méconnu son pouvoir propre de régularisation ;
- ce refus méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de la situation familiale ;
* sur la légalité du refus de séjour, à titre subsidiaire :
- il est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
* sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, à titre principal :
- cette décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- la préfète a méconnu son pouvoir d'appréciation en s'estimant liée par le refus de titre de séjour pour l'assortir d'une mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît son droit au séjour au titre de sa vie privée et familiale consacré par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* sur la légalité de de l'obligation de quitter le territoire français, à titre subsidiaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée.
La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse le 20 mars 2024, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne des droits de l'Homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Galtier.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante marocaine née le 6 mai 1987, est entrée en France selon ses allégations en février 2020 accompagnée de son fils mineur A, pour rejoindre leur époux et père, ressortissant marocain titulaire d'un certificat de résidence de dix ans. Par un courrier reçu le 19 septembre 2023 par la préfète de Vaucluse, Mme C a sollicité son admission au séjour, principalement au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 14 février 2024, dont Mme C demande l'annulation, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande de titre de séjour et a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Il ressort des pièces du dossier que l'époux de Mme C, dès lors qu'il est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 13 janvier 2031, entre dans les prévisions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ouvrant droit au regroupement familial en faveur de son épouse. Il s'ensuit que le préfet pouvait, pour ce seul motif, refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour sur le fondement des dispositions l'article L. 423-23 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
3. Mais d'autre part, aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Et aux termes de l'article L. 434-6 de ce code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ".
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande de titre de séjour présentée le 19 septembre 2023 par Mme C, que si cette dernière a expressément sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement principal de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de la vie privée et familiale, et sur le fondement subsidiaire de l'article L. 435-1 de ce code au titre de l'admission exceptionnelle, elle a également expressément invoqué dans sa demande les dispositions de l'article L. 434-6 précité en mentionnant les revenus suffisants de son époux et l'âge de leurs trois enfants mineurs, qui justifiaient selon elle le bénéfice exceptionnel d'un regroupement familial dit " sur place ". Or, en se bornant à statuer sur une demande au titre de la " vie privée et familiale " ou " admission exceptionnelle au séjour ", et en s'abstenant d'examiner la demande de Mme C sur le fondement des articles L. 434-2 et L. 434-6 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir rappelé dans son arrêté " qu'il appartenait à son époux de recourir à la procédure de regroupement familial, procédure qui doit demeurer la règle " , la préfète de Vaucluse a méconnu la portée de la demande de Mme C et ainsi entaché sa décision d'erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer les autres moyens de la requête, l'arrêté pris le 14 février 2024 par la préfète de Vaucluse doit être annulé. En revanche, les autres moyens de la requête ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 4, et seul susceptible d'être retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de Vaucluse de procéder au réexamen de la demande de Mme C, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de Vaucluse en date du 14 février 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de procéder au réexamen de la demande de Mme C dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
F. GALTIER
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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