lundi 5 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401051 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mars et 16 avril 2024, M. D, représenté par Me Kauffmann , demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert chargé de se prononcer sur les éléments qui sont de nature à retenir la responsabilité du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes ainsi que de déterminer et d'évaluer les préjudices qu'il a subis du fait de sa prise en charge.
Il soutient que :
- suite à un accident de travail survenu le 18 octobre 2011, il a présenté des luxations répétées de l'épaule droite ayant nécessité plusieurs interventions chirurgicales à l'origine d'une algodystrophie accompagnée de douleurs neuropathiques ;
- aux mois d'avril et de mai 2021, il fut hospitalisé dans le service de neurochirurgie G pour subir une opération chirurgicale en deux temps, la première intervention consistant à l'implantation d'électrode épidurale cervicale puis la seconde consistant à l'implantation définitive d'un générateur sous-cutané de neurostimulation de la moelle épinière cervicale ;
- compte tenu de son état fébrile lors de la seconde intervention, une ablation du matériel et une mise à plat de la lésion infectieuse sous-cutanée ont été effectuées le 26 avril 2021 ;
- la réalisation de prélèvements ont révélé la présence d'" un staphylocoque aureus Méti-S " ;
- outre cette infection nosocomiale, il a conservé des douleurs extrêmement invalidantes faisant suite à l'opération ;
- dans ces circonstances, il a saisi la commission de conciliation d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) qui a rendu un avis suite à une expertise médicale réalisée le 14 octobre 2022 par les docteurs Dagain et Briso, au titre duquel elle s'est déclarée incompétente pour seuil de gravité non atteint ;
- l'existence d'un rapport établi dans le cadre de la CCI n'exclut pas à elle-seule l'utilité d'une mesure d'expertise judiciaire tel qu'il en résulte de la jurisprudence ;
- la demande d'expertise présente un caractère utile, dès lors que, d'une part, le rapport d'expertise mandaté par la CCI présente des insuffisances en ce qui concerne l'origine des troubles et que l'examen clinique sur lequel celui-ci repose a été réalisé de manière incomplète et imprécise en raison notamment des douleurs ressenties par M. D le jour de l'examen , d'autre part, les conclusions du rapport d'expertise CCI sont contestées et contestables, et qu'à ce titre, il est versé aux débats des éléments médicaux probants postérieurs au rapport d'expertise CCI qui permettent de contredire ledit rapport.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 avril 2024 et le 23 avril 2024, le centre hospitalier universitaire de Nîmes conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la demande d'expertise ne présente pas un caractère utile dès lors que la mission d'expertise sollicitée par M. D a strictement le même objet que la mission d'expertise de la CCI, qu'un collège d'experts a déjà eu à connaitre et qui a exclu tout manquement G ;
- M. D ne produit pas d'éléments médicaux probants, postérieurs au rapport d'expertise ;
- le seul désaccord de M. D sur le contenu de ce rapport, ne saurait suffire à établir l'utilité de voir désigner un nouvel expert ;
- il n'appartient pas au juge des référés d'ordonner une mesure d'expertise dont l'objet consiste essentiellement à remettre en cause les conclusions d'une précédente expertise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, en application de l'article L.511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1.D'une part, aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () " ;
2.La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise dans le cadre d'une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d'un acte médical, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier, notamment du rapport de l'expertise prescrite par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux s'il existe, et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3.D'autre part, aux termes de l'article L. 1142-12 du code de la santé publique : " La commission régionale désigne aux fins d'expertise un collège d'experts choisis sur la liste nationale des experts en accidents médicaux, en s'assurant que ces experts remplissent toutes les conditions propres à garantir leur indépendance vis-à-vis des parties en présence. Elle peut toutefois, lorsqu'elle l'estime suffisant, désigner un seul expert choisi sur la même liste. () ". Il résulte de l'ensemble des dispositions de cet article que le collège d'experts ou l'expert désigné par la CCI présente les mêmes garanties d'indépendance et d'impartialité qu'un expert désigné par le juge des référés et effectue contradictoirement la mission qui lui est confiée.
4.En l'espèce, M. D demande au juge des référés d'ordonner une mesure d'expertise aux fins de déterminer si les troubles que celui-ci présente sont en lien avec l'opération chirurgicale et l'infection nosocomiale contractée en 2021. Une expertise contradictoire a déjà eu lieu en ce qui concerne la douleur neuropathique du membre supérieur droit dont le requérant fait état ainsi que sur l'infection nosocomiale. Les conclusions remises le 8 avril 2024 établissent l'absence de manquement aux règles de l'art pouvant être reproché au CHU de Nîmes, considérant que les soins apportés à M. D par le docteur E au CHU de Nîmes sont consciencieux et conformes aux bonnes pratiques médicales, que la prise en charge de la problématique infectieuse est conforme aux bonnes pratiques médicales, et que l'infection nosocomiale n'avait laissé aucune séquelle. Il résulte des conclusions des experts que l'infection et la pose d'électrodes de stimulation n'ont pas de lien avec les troubles et les douleurs dont se prévaut M. D.
5.Au soutien de sa demande tendant à ce que soit ordonnée une nouvelle expertise, M. D fait valoir que le rapport établi pour la CCI serait entaché de lacunes et de contradictions. Il produit à l'appui de ses allégations le compte rendu de consultation du docteur I en date du 11 octobre 2022, dans lequel il est fait état que " la parésie du membre inférieur droit et les douleurs neuropathiques " survenues après les opérations d'avril et de mai 2021, ont " vraisemblablement " pour origine le traitement par neurostimulation, ainsi que le courrier du docteur B G dans lequel il est fait le lien entre l'opération de pose du neurostimulateur et le déficit du membre inférieur et estime qu'une expertise est nécessaire au titre des séquelles subies et persistantes. Enfin, dans son compte rendu de consultation en date du 8 avril 2024, le docteur F H impute également les troubles à l'opération chirurgicale et à l'infection nosocomiale. Ainsi, il résulte des comptes-rendus de consultations postérieurs au rapport d'expertise CCI, que des incertitudes persistent en ce qui concerne l'origine des troubles et l'établissement d'un lien entre ces troubles et l'opération chirurgicale ainsi que l'infection nosocomiale, de sorte qu'une nouvelle mesure d'expertise est nécessaire afin de pallier à ces incertitudes.
6.En conséquence, les mesures d'expertise demandées par M. D entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
8. Il n'y a pas lieu, à ce stade de la procédure, de faire droit aux conclusions G présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. le Pr C A, domicilié 165 chemin Grand Revoyet, centre hospitalier Lyon Sud, service otho Pavillon 3 A à Pierre Benite cedex (69495) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) prendre connaissance de l'entier dossier médical et administratif de M. D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le CHU de Nîmes ainsi qu'aux précédents rapports d'expertise, et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission et préciser en quoi les diverses interventions que celui-ci a subies ont eu une incidence sur son état antérieur et décrire les conséquences ;
2°) procéder à l'examen médical de M. D, recueillir ses doléances, en l'interrogeant sur les conditions d'apparition, sur l'importance des douleurs et de la gêne fonctionnelle, décrire son état de santé et son évolution depuis ses admissions au CHU de Nîmes ; dire si l'état de santé de M. D est consolidé aux plans physique et psychiatrique, et, en l'absence de consolidation, la date à laquelle il conviendra de le revoir ;
3°) décrire en détail les lésions et séquelles initiales directement imputables aux soins et traitements, les modalités des traitements, en précisant autant que possible les durées exactes d'hospitalisation et, pour chaque période d'hospitalisation, la nature et le nom de l'établissement, le ou les services concernés et la date et la nature des soins ;
4°) dans l'hypothèse où des manquements des services G mis en cause seraient relevés, indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec chacun de ces manquements, déterminer, dans le cas où ces manquements ne seraient pas la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre à M. D des chances de les éviter, l'importance de cette perte de chance, en pourcentage, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis du fait desdits manquements ;
5°) dire si la prise en charge médicale de M. D, les diagnostics établis, le suivi et les traitements, interventions et soins prodigués ainsi que leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science au moment où ils ont été pratiqués, s'ils étaient adaptés à l'état de santé de M. D, et aux symptômes qu'il présentait, et s'ils ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;
6°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins, ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors des prises en charge de M. D par le CHU de Nîmes, notamment si une erreur, une négligence ou un manquement dans la prise en charge ou le diagnostic et / ou si ce dernier a été tardif ; en cas de causes multiples, précisez la part de chacune ;
7°) décrire, le cas échéant, la nature et l'étendue des préjudices patrimoniaux et non patrimoniaux, permanents et temporaires de M. D et les évaluer, en distinguant la part imputable aux manquements relevés de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie notamment :
- les déficits fonctionnels temporaire et permanent, les souffrances physiques, psychiques ou morales endurées, les préjudices esthétiques temporaire et permanent, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel, antérieurement et postérieurement à la date de consolidation ;
- déterminer les pertes de revenus, et l'incidence professionnelle ;
- indiquer les dépenses de santé actuelles et futures rendues nécessaires par l'état de M. D ; dans le cas où certaines hospitalisations ne seraient pas tout entier imputables au dommage litigieux, préciser dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ; préciser les autres frais liés à la situation de M. D dont la nécessité résulterait du dommage ;
- indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. D pour accomplir les actes de la vie quotidienne en distinguant les périodes antérieures et postérieures à la consolidation ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ;
8°) dire, le cas échéant, si l'état de M. D est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration, et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. D, G et du pôle inter-caisses.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires avant le 31 mars 2025, dont un exemplaire sous format numérique. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée M. D, au centre hospitalier universitaire de Nîmes et à la Pôle inter-caisses et à M. le Pr C A, expert.
Fait à Nîmes, le 5 août 2024.
Le juge des référés,
P. PERETTI
La République mande et ordonne au préfet du Gard et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026