vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 et 29 mars 2024, M. A C, représenté par Me Venezia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 90 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il est entaché d'incompétence ;
- il appartient au préfet de justifier de la régularité de la procédure ;
- sa demande satisfait aux conditions posées par l'article L. 421 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obtention d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ;
- la préfète ne pouvait légalement lui opposer la condition de détention d'un visa de long séjour, posée par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a été porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle et illégale, dès lors qu'elle est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle et illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- et les observations de Me Rochette, pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 14 juin 1988, a plusieurs fois été autorisé au séjour en qualité de travailleur saisonnier, en dernier lieu jusqu'au 25 février 2024. Le 20 décembre 2023, il a sollicité un premier titre de séjour en qualité de salarié, qui lui a été refusé. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 90 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :
2. L'arrêté litigieux du 21 février 2024 est signé par Mme Roussely, secrétaire générale de la préfecture de Vaucluse, " Pour la Préfète, et par délégation ". Toutefois, il est constant qu'un décret du 7 février 2024, publié le lendemain au journal officiel, avait mis fin aux fonctions de Mme D. Il est également constant que M. B, successeur de Mme D, n'a pris ses fonctions qu'à compter du 4 mars 2024 après avoir été nommé par un décret du 14 février 2024, publié le lendemain au journal officiel. Il n'est pas établi ni même soutenu par le préfet de Vaucluse, qui n'a pas produit d'écritures en défense, que Mme Roussely aurait été désignée pour assurer un intérim. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté du 21 février 2024 a été incompétemment pris.
3. Il s'en déduit que cet arrêté doit être annulé dans toutes ses dispositions.
Sur les conclusions présentées à fin d'injonction :
4. . Le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Vaucluse de réexaminer la situation de M. C sur le fondement des dispositions et stipulations applicables, dans le délai de deux mois sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. . Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 er : L'arrêté du 21 février 2024, par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 90 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Baccati, premier conseiller,
M. Parisien, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet de de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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