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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401070

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401070

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP VINSONNEAU-PALIES-NOY-GAUER ET ASSOCIES (VPNG)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 mars et 8 avril 2024, M. B D et Mme C D, représentés par Me Schneider, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 14 novembre 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Ambroix a refusé de constater la caducité du permis de construire qu'il a délivré le 5 septembre 2018 à M. E ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Ambroix de constater, à titre provisoire, la caducité de ce permis de construire et de prendre un arrêté interruptif de travaux jusqu'à ce qu'il soit statué sur leur requête à fin d'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2023, dans un délai de huit jours suivant notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Ambroix la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie compte tenu des conséquences irréversibles de la construction en cours de réalisation sur la parcelle voisine de la leur, sur la base d'un permis de construire dont le maire refuse de constater la caducité par l'arrêté en litige ;

- ils justifient d'un intérêt à agir contre cet arrêté ;

- les formalités de notification de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été accomplie s'agissant de leur recours en annulation et n'avaient pas à l'être concernant leur requête en référé ou leur demande de constat de caducité adressée au maire ;

- le permis de construire est caduc au sens de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme car les travaux ont été interrompus, a minima, durant plus d'une année entre le 8 décembre 2020, date de signature du compromis de vente de leur parcelle, et le mois de septembre 2023, date de début du chantier ;

- faute de permis de construire valide, les travaux en cours sont réalisés sans autorisation et le maire est donc tenu de prendre un arrêté interruptif sur le fondement de l'article L. 480-2 alinéa 10 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, la commune de Saint-Ambroix, représentée par la SELARL VPNG, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme mais aussi parce que le recours en annulation n'a pas respecté la condition fixée à cet article R. 600-1, applicable aux refus de constater la caducité d'un permis de construire, et que les requérants sont dépourvus d'intérêt pour agir ;

- le chantier n'a pas été interrompu pendant la période en cause et notamment pas pendant une période d'un an, le permis n'est donc pas caduc.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2024, M. A E, représenté par Me Allard, qui conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme car la copie de la demande constat de caducité adressée au maire le 21 septembre 2023 ne lui a pas été notifiée et parce que les requérants sont dépourvus d'intérêt pour agir ;

- le chantier n'a pas été interrompu pendant la période en cause et notamment pas pendant une période d'un an, le permis n'est donc pas caduc.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 8 avril 2024 à 14 heures en présence de Mme Noguero, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Roux, juge des référés ;

- les observations de Me Schneider, représentant les époux D, qui a repris les moyens invoqués dans ses écritures en insistant sur l'accomplissement des formalités de notification prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et l'absence de travaux significatifs réalisés en exécution du permis délivré durant un période d'au moins deux années ; de Me Bezard, représentant la commune de Saint-Ambroix, qui a repris ses écritures en insistant sur l'absence de notification au pétitionnaire d'une copie de la demande de constat de caducité adressée au maire qui doit être regardée comme un recours administratif ; et de Me Allard, représentant M. E, qui a repris ses écritures et précisé que la circonstance que le chantier a été réalisé en auto-construction explique que son avancée ait été constante mais moins rapide que si une entreprise s'était trouvée en charge d'effectuer les travaux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour M. et Mme D a été enregistrée le 8 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 5 septembre 2018, le maire de Saint-Ambroix a délivré à M. E un permis de construire une maison individuelle de 91 mètres carrés sur une parcelle situé 8 chemin du bois de la ville. Par courrier recommandé avec accusé de réception en date du 21 septembre 2023, reçu le 27 septembre suivant, M. et Mme D, par le ministère de leur avocat, ont demandé au maire de Saint-Ambroix de constater la caducité de cette autorisation. Par décision du 14 novembre 2023, le maire, après avoir fait dressé un procès-verbal d'infraction et mis en œuvre une procédure contradictoire au cours de laquelle M. E a présenté ses observations, a opposé un refus à cette demande. M. et Mme D demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision de refus de prendre un arrêté constatant la caducité du permis de construire délivré le 5 septembre 2018.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

3. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R.424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. ".

4. En l'état de l'instruction, le moyen unique invoqué, tiré de ce que les travaux autorisés par le permis de construire, délivré le 5 septembre 2018, auraient été interrompus pendant une période continue supérieure à une année n'est pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus du maire de Saint-Ambroix de constater la caducité de cette autorisation.

5. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à demander la suspension de l'exécution de la décision de refus du 14 novembre 2023. Leur requête, sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité ou la condition d'urgence, ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de M. et Mme D n'appelle aucune mesure d'exécution. Leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent donc être également rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Saint-Ambroix qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes présentées sur ce même fondement par la commune de Saint-Ambroix et M. E.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, Mme C D, la commune de Saint-Ambroix et M. A E.

Copie en sera adressé au préfet du Gard.

Fait à Nîmes, le 10 avril 2024.

Le juge des référés,

G. ROUX

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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