vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHABBERT-MASSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, M. A B, représenté par Me Chabbert-Masson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- faute d'une justification de la délégation consentie à son auteur, cet arrêté est intervenu au terme d'une procédure irrégulière.
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour, alors que sa demande satisfait aux conditions posées par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, dès lors qu'il est le père de deux enfants françaises et qu'il contribue à leur entretien et à leur éducation ;
- il ne peut lui être reproché d'avoir obtenu sa précédente autorisation de séjour par fraude, alors qu'il a seulement entretenu une relation adultérine, à l'origine de son divorce ;
- en admettant même la fraude retenue par le préfet, celui-ci ne pouvait, sans commettre une erreur de droit, en tirer pour conséquence un refus du titre " parent d'enfant français " demandé, alors qu'il est constant que M. B a cette qualité ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en méconnaissance de l'article 3§1 de la convention relative aux droits de l'enfant, il méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfant dont l'intérêt est de grandir aux côtés de leurs deux parents ;
- la préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur un refus de séjour lui-même illégal ;
- il peut prétendre à une autorisation de séjour de plein droit ; cette circonstance fait obstacle à son éloignement ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfants, qu'elle sépare de leur père.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- et les observations de Me Chabbert-Masson, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 10 septembre 1991, a été autorisé au séjour jusqu'au 5 août 2022 en qualité de conjoint de français. Séparé de son épouse et devenu père d'un enfant français, né le 26 mars 2022 d'une autre union, il a sollicité le 27 juillet 2022 une carte de séjour temporaire portant la mention " parent d'enfant français ". M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
3. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que pour refuser à M. B la carte de séjour temporaire qu'il demandait sur le fondement des dispositions précitées, le préfet lui a opposé deux motifs tirés, d'une part, d'une " fraude au mariage ", et, d'autre part, de ce que de ce qu'il ne justifiait pas d'une contribution à l'éducation de son enfant français, alors unique et né le 26 mars 2022.
4. Toutefois, et en premier lieu, pour refuser à M. B une autorisation de séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet ne pouvait légalement lui opposer un motif tiré de ce qu'il aurait obtenu une précédente autorisation de séjour par fraude. Au demeurant, cette fraude n'est pas établie par la seule circonstance qu'à la date du 10 mai 2020, à laquelle son épouse d'alors et M. B ont souscrit une déclaration de vie commune, ce dernier entretenait déjà une relation adultérine avec la future mère de ses enfants.
5. En outre, et en second lieu, pour justifier qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille C, née le 26 mars 2022, et de sa seconde fille A, née depuis lors le 21 juillet 2023, M. B verse au soutien de ses affirmations des photographies de famille prises en diverses circonstances, des attestations nombreuses et variées établies par des parents, proches ou connaissances, ou encore par sa nouvelle compagne, corroborant la vie commune de M. B avec celle-ci et leurs enfants et la participation active de l'intéressé à leur entretien et à leur éducation. Dans ces conditions, en opposant à M. B un motif tiré du défaut de contribution à l'entretien et à l'éducation, le préfet du Gard a commis une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour doit être annulée. Doivent également être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire, ainsi que le pays à destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision portant refus de titre de séjour, implique nécessairement, eu égard au motif sur lequel il se fonde, la délivrance du titre de séjour sollicité. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Gard de délivrer au requérant une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai fixé à deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chabbert Masson, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chabbert Masson de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1 er : L'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Chabbert Masson, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Chabbert Masson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Chabbert Masson et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Baccati, premier conseiller,
M. Parisien, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet de du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026