vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mars 2024 sous le n° 2401206, Mme A B, représentée par Me Maimouna Abdou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°REG/84/2024/1014 du 1er mars 2024 de la préfète de Vaucluse portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours,
2°) d'enjoindre la délivrance d'un titre de séjour mention "vie privée et familiale", subsidiairement le réexamen de sa situation,
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- la préfecture n'a pas notifié les voies et délais de recours applicables en l'espèce ;
- la décision vise sans précision le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans pour autant préciser les articles du code qui la fondent ; elle n'est donc pas suffisamment motivée en droit ;
- la préfète du Vaucluse n'a pas apprécié sa situation au regard des dispositions de l'article L 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle a apporté les preuves démontrant qu'elle contribuait à l'éducation et à l'entretien de son enfant dans la mesure où elle a seule la charge de cette dernière et vit avec elle ; ainsi, en opposant un refus implicite à sa demande de délivrance de titre de séjour, la préfète n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation et l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- pour les mêmes motifs, le refus de délivrance de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et la décision portant obligation de quitter le territoire portent une atteinte manifestement grave et disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- la décision contestée porte une atteinte grave à l'intérêt de son enfant.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- elle entend exciper, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre ne prend manifestement pas en considération la nature des liens de la requérante en France. En effet, la fille réside en France et ne saurait y rester seule au regard de son jeune âge et de son état de santé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 31 décembre 1983 à Ouzio Mitsamiouli (Comores), de nationalité comorienne, est entrée sur le territoire national en date du 19 décembre 2022 munie de son passeport établi aux Comores et valable du 17 janvier 2019 au 17 janvier 2024 et sous couvert d'un visa C Etats Schengen, durée 90 jours, entrées multiples, valable du 13 décembre 2023 au 12 mars 2023 et délivré par le consulat de France de Moroni et s'y est maintenue depuis sans en justifier. Mme B a sollicité auprès de la préfecture du Vaucluse la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile en sa qualité de mère d'un enfant français. La préfète du Vaucluse a rejeté la demande de Mme B par un arrêté du 1er mars 2024, dont la requérante demande au tribunal l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
2. L'arrêté attaqué comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables. Les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un examen insuffisant de la situation de Mme B doivent, dès lors, être écartés.
3. Les inexactitudes relevées par la requérante concernant les délais de recours mentionnés sur l'arrêté sont sans incidence sur sa légalité.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1". Selon les dispositions de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est la mère d'une enfant née le 17 août 2017 à Ouzio Mitsamihouli (Comores). Cette dernière, née d'un père français, est de nationalité française. La requérante expose que le père de l'enfant est décédé le 4 février 2019 à Paris et que sa fille a été amenée à s'installer sur le territoire bien avant sa mère en raison de son état de santé. Mme B soutient que son enfant souffre d'une pathologie cardiaque qui nécessite un suivi médical régulier, assuré en France et qu'elle n'a pu la rejoindre qu'en décembre 2022. Elle fait néanmoins valoir que, bien avant son arrivée en France, elle contribuait à l'éducation et à l'entretien de son enfant, ce qu'elle a continué de faire, seule, depuis son arrivée sur le territoire national.
6. Toutefois, les pièces produites, à savoir la copie de trois certificats de scolarité relatif à la scolarité de son enfant à l'école publique Albert Camus d'Orange (maternelle et primaire) depuis l'année scolaire 2021/2022, dix factures manuscrites établies aux Comores entre juin 2019 et juin 2022 - dont trois datées en 2019, trois en 2020, trois en 2021 et une émise en 2022 pour des achats de produits pour enfants (vêtements, jeux, alimentation), la copie d'une attestation établie le 5 juillet 2021 par le Dr C, cardiologue à Orange, six tickets de caisse sans nom pour des achats effectués en mars 2023 à Orange dans les enseignes Action, Gifi, Decathlon et Aldi, et enfin la copie d'un relevé de paiement de cantine scolaire pour la période d'août 2023 à décembre 2023, ne permettent pas d'établir que Mme B contribuait à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis au moins deux ans à la date de l'arrêté contesté, pris le 1er mars 2024. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Mme B n'a rejoint sa fille en France qu'en décembre 2022. Les attaches sur le territoire national de son enfant, qui est très jeune, sont récentes. Le père de l'enfant qui vivait en France est par ailleurs décédé. La cellule familiale peut se reconstituer aux Comores, ou la fille de Mme B, qui y est née, pourra poursuivre sa scolarité entourée de sa mère et de son beau-père. Par conséquent, la décision attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît l'intérêt supérieur des enfants de Mme B doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
10. Mme B n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale aux Comores, où réside son époux actuel, et où elle a vécu la majeure partie de sa vie, jusqu'en décembre 2022. Compte tenu de sa récente entrée sur le territoire national, l'intéressée ne justifie pas non plus de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés et familiaux en France, étant observé qu'elle a passé une longue période éloignée de sa fille, qui résidait en France alors qu'elle-même était restée aux Comores. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B ne peut exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de sa contestation de l'obligation de quitter le territoire prise le même jour.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, la décision attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. Aux termes du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; (). ".
14. Ainsi qu'il a été dit au point 6, Mme B n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis au moins deux ans à la date de l'arrêté contesté. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte et sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2401206
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