mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401247 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | FORUM RÉFUGIÉS-COSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 29 mars 2024, 4 avril 2024, 5 avril 2024, 22 avril 2024 et 23 mai 2024, M. E A, représenté par Me Lagardere, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var d'annuler son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de lui délivrer une autorisation de séjour lui ouvrant le droit au travail ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil.
Il soutient que :
- il appartient à l'administration de justifier que le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public qui serait réelle, actuelle et suffisamment grave ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification des faits ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par suite de l'illégalité du refus de délai de départ volontaire, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 :
- le rapport de Mme Achour,
- les observations de Me Lagardère, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant éthiopien né le 20 janvier 1977, déclare être entré en France le 14 janvier 2018 muni d'un visa conjoint de français. Il a bénéficié d'une carte pluriannuelle de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 23 avril 2021 au 22 avril 2023. Le 8 mars 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, lequel lui a été refusé par un arrêté du 16 octobre 2023. Par un arrêté du 28 mars 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Var par M. C D, sous-préfet et secrétaire général adjoint du Var, qui disposait pour ce faire d'une délégation consentie par arrêté du préfet du Var du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département y compris l'ensemble des mesures de restriction de liberté destinées à mettre en œuvre l'éloignement d'un étranger en situation irrégulière sur le territoire notamment les arrêtés d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si M. A soutient que le préfet du Var aurait exclusivement pris en compte sa condamnation pénale et l'atteinte à l'ordre public causée par son comportement sans examiner sa situation personnelle et familiale, il ressort tant des écritures en défense que des mentions de l'arrêté attaqué, qui indique que M. A est marié avec Mme B, ressortissante française, qu'ils n'ont pas d'enfant, qu'il ne peut justifier de sa résidence habituelle depuis sa date d'entrée sur le territoire français, qu'il a été condamné pour des faits d'agression sexuelle sur mineur de plus de quinze ans et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, que le préfet du Var a pris en compte l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé avant de décider de la mesure d'éloignement en litige. Ainsi, le préfet du Var n'a pas entaché son arrêté d'une insuffisance de motivation et ne s'est pas abstenu d'un examen sérieux de la situation du requérant.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à l'espèce : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
5. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour l'obliger à quitter le territoire français, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est rendu coupable, le 19 août 2021, d'agression sexuelle sur mineur de plus de quinze ans et qu'il a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Toulon du 12 janvier 2022, à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis. Eu égard à la gravité de ces faits et à leur caractère récent, le préfet du a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation, considérer la présence de M. A comme une menace pour l'ordre public et obliger l'intéressé à quitter le territoire français.
7. En quatrième et dernier lieu, si M. A justifie être marié avec une ressortissante française depuis le 4 novembre 2017 et allègue résider avec son épouse depuis cette date, il ne produit qu'une attestation de l'ancien conjoint de cette dernière, datant de plus de cinq mois à la date de la décision attaquée, pour établir l'existence d'une communauté de vie. En outre, alors que M. A invoque l'état de santé de son épouse, atteinte d'un cancer, les pièces qu'il produit pour en justifier sont anciennes et datent de 2020, à l'exception d'un certificat médical du 5 octobre 2023 qui ne fait état que d'une altération de l'état général et d'une asthénie profonde sans mentionner que l'intéressée nécessiterait et bénéficierait effectivement de l'assistance de son époux ni que cette assistance ne pourrait lui être apportée par un tiers. M. A, qui soutient être porteur du VIH, ne démontre pas, par ailleurs, qu'une prise en charge de son propre état de santé dans son pays d'origine serait impossible. Sans enfants à charge ni autres liens personnels et familiaux en France, M. A n'établit pas ne plus avoir d'attaches en Ethiopie où réside sa fratrie. Eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.
En ce qui concerne le refus de départ volontaire :
8. En premier lieu, si le requérant soutient que le préfet du Var aurait inexactement qualifié les faits de l'espèce, il résulte toutefois de ce qui a été exposé au point 6 que sa présence sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En second lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, M. A ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait privée de base légale.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
10. Si l'arrêté en litige indique qu'il porte obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour, il ressort des termes mêmes de cette décision qu'aucune mesure portant interdiction de retour n'a été édictée à l'encontre de M. A. L'erreur de plume affectant sur ce point l'intitulé de l'arrêté attaqué est sans incidence sur sa légalité.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Var du 28 mars 2024. Ses conclusions en ce sens doivent, par suite être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requêté de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
Mme Galtier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 9 juillet 2024.
La rapporteure,
P. ACHOUR
La présidente,
C. CHAMOTLa greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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