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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401327

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401327

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Laurent Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- le préfet a commis plusieurs erreurs manifestes d'appréciation ;

- il n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- il a examiné sa demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle sollicitait le renouvellement de son certificat de résidence " algérien ", et qu'elle satisfait aux conditions posées par l'accord-franco-algérien ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas spécialement motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baccati a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 7 juin 1953, a sollicité le renouvellement du titre de séjour dont elle bénéficiait, avec un changement de statut de " visiteur " à " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gard n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A.

3. En deuxième lieu, ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que le préfet du Gard s'est prononcé sur la demande qui lui était présentée au titre de l'article 6-5 de l'accord-franco-algérien. La circonstance qu'il s'est en outre prononcé, de manière superfétatoire, au regard des dispositions de portée équivalente de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables en l'espèce, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée récemment en France, le 22 janvier 2022. Si trois de ses quatre enfants résident en France et ont la nationalité française, elle n'est pas isolée dans son pays d'origine, où elle a une fille, et où elle a passé l'essentiel de son existence. Elle ne fait valoir aucun élément justifiant d'une particulière intégration en France. Par suite son moyen, tiré de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, doit être écarté.

6. En troisième lieu, les trois enfants de Mme A qui résident en France sont nés entre 1981 et 1986. Dès lors, Mme A ne peut sérieusement se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. En quatrième et dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par Mme A n'est de nature à établir qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet du Gard aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. - En premier lieu, lorsqu'un refus de séjour est assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la motivation de cette dernière se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique.

9. En l'espèce, la décision de refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, à sa seule lecture, l'arrêté attaqué permet à Mme A de comprendre les motifs de la mesure prise à son encontre. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

10. En second lieu, aucune des circonstances invoquées par Mme A n'est de nature à établir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, ou qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté au soutien de la contestation de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 à 11 que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions accessoires :

13. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

14. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat sur leur fondement.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Laurent Neyrat et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller,

M. Parisien, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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