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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401375

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401375

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 3 avril 2024 au tribunal administratif de Montreuil, transmise le 4 avril 2024 au tribunal administratif de Nîmes, où elle a été enregistrée sous le n° 2401375, M. A B, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

- l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

- l'annulation de l'arrêté n°2024-30-050-BCE du 7 mars 2024 par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la motivation est insuffisante ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la violation des articles 2 et 3 de la CEDH ; son retour en Mauritanie l'exposerait à un risque réel de persécution, de mort ou de traitements inhumains ou dégradants au regard de son origine ethnique ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la violation de l'article 8 de la CEDH ; il a la volonté de s'intégrer et a développé des attaches incontestables.

Par un mémoire enregistré le 6 mai 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 22 mai 2024 :

- le rapport de M. Abauzit.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. M. A B, ressortissant mauritanien, né le 31 décembre 1984 à Selibaby (Mauritanie), a présenté le 21 mars 2022 une demande d'asile qui a été rejetée le 14 décembre 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Son recours contre cette décision a été rejeté le 28 novembre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté en date du 7 mars 2024, qui est l'acte attaqué, le préfet du Gard a obligé M. A B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

3. L'arrêté en litige a été signé pour le préfet du Gard par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard. Ce dernier disposait, aux termes de l'arrêté du préfet du Gard du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, en toutes matières, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). " L'acte attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il précise notamment que le requérant ne s'est pas vu reconnue la qualité de réfugié et qu'il doit quitter le territoire en application de l'article L. 542-4 du même code, que toute sa famille se trouve en Mauritanie et qu'il ne justifie pas de son intégration en France. S'agissant de la décision fixant le pays de destination l'arrêté vise l'article 3 de la convention européenne et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments retenus par le préfet du Gard pour fixer le pays de destination, après avoir rappelé la décision négative de l'OFPRA et de la CNDA et l'absence de justification d'un risque personnel en cas de retour dans son pays. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas au préfet de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit être écarté. De même doit être écarté le moyen tiré d'une vérification insuffisante de la situation personnelle du requérant.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. L'arrêté du 7 mars 2024 est fondé sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. M. B n'avait pas vocation, après le rejet de sa demande d'asile, à se maintenir sur le territoire français. Ainsi que le rappelle l'acte attaqué l'épouse et les enfants de M. B résident en Mauritanie et l'intéressé ne justifie pas d'une intégration sur le territoire français. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne doit être écarté. Eu égard aux mêmes éléments le préfet n'a pas entaché la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi () " et aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. B ne présente aucun élément au soutien de ses allégations de risques en cas de retour en Mauritanie, reposant sur ses origines ethniques et l'animosité à son égard d'un maure blanc, permettant de tenir pour établi le caractère direct, personnel et actuel de menaces auxquelles il serait exposé s'il retournait dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne et l'article L. 721-4 précité. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2024 ne peut être que rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Gard et à Me Parfundi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401375

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