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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401380

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401380

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHUGENIN-VIRCHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Huguenin-Virchaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par lettres du 27 mai 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du Gouvernement français ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mouret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née en 1995, est entrée en France le 8 septembre 2021 munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 19 juillet 2022. Elle a ensuite bénéficié d'une carte de séjour portant cette mention valable jusqu'au 26 février 2024, dont elle a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 6 mars 2024, le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé, pour le préfet du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture, lequel disposait, en vertu d'un arrêté du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". L'article 14 de la même convention stipule que : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ".

4. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant " présentée par Mme A, le préfet du Gard a estimé que l'intéressée ne remplissait pas les conditions fixées par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, qu'elle n'avait pas validé son année universitaire 2022-2023 et, d'autre part, qu'elle ne justifiait pas disposer de ressources d'un montant de 615 euros par mois.

5. D'une part, il résulte des stipulations de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants ivoiriens désireux de poursuivre leurs études en France, dès lors que leur situation est régie par l'article 9 de cet accord. Par suite, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

7. La décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne. Ces stipulations doivent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que leur application n'a pas pour effet de priver Mme A d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes.

8. D'autre part, pour l'application des stipulations citées au point 3, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée par un ressortissant ivoirien en qualité d'étudiant de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à partir de l'ensemble du dossier, si les études poursuivies par l'intéressé revêtent un caractère réel et sérieux et s'il dispose des moyens d'existence suffisants lui permettant de vivre et d'étudier en France compte tenu de tous les avantages dont l'étudiant peut bénéficier par ailleurs.

9. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 31 décembre 2002 visé ci-dessus : " Le montant de l'allocation d'entretien prévu à l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 1983 susvisé est fixé à 615 euros par mois ". Il résulte de ces dispositions, qui sont applicables aux ressortissants ivoiriens sollicitant le renouvellement de leur titre de séjour portant la mention " étudiant ", que, pour justifier de la possession de moyens d'existence suffisants, l'étudiant doit disposer de ressources équivalentes à un montant de 615 euros par mois.

10. Mme A n'établit pas, par la production de plusieurs bulletins de paie établis au cours des années 2022 et 2023 ainsi que d'une attestation bancaire éditée le 19 mars 2024, qu'elle disposait, à la date de l'arrêté attaqué, de ressources équivalentes à 615 euros par mois. Par suite, en retenant que l'intéressée ne justifiait pas de moyens d'existence suffisants, le préfet du Gard n'a commis aucune erreur d'appréciation. Il résulte de l'instruction que cette autorité aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

11. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France au cours du mois de septembre 2021 afin d'y poursuivre ses études supérieures. Si l'intéressée se prévaut de sa relation avec un ressortissant français, les seules pièces qu'elle verse aux débats ne permettent pas d'apprécier l'ancienneté et la stabilité de cette relation à la date de l'arrêté contesté. L'intéressée, qui est sans charge de famille, n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'insertion de Mme A, le préfet du Gard n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLa présidente,

C. BOYER

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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