mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401535 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GUNDES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, M. B A, représenté par Me Gundes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, ou à titre subsidiaire d'annuler la seule interdiction de retour sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle a été adoptée en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il " convient de vérifier la proportionnalité " de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français présente un caractère disproportionné et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc, déclare être entré en France en 2022. Il demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé pour le préfet de Vaucluse par Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, qui disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral du 4 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer tout arrêté relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de leur auteur manque en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté mentionne les conditions dans lesquelles M. A est supposé être entré en France, l'état de ses relations personnelles sur le territoire français et les décisions qui ont été rendues sur sa demande d'asile. Il indique ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la mesure d'éloignement prise à son encontre qui est, dès lors, suffisamment motivée. Il ressort, en outre, de cette motivation que le préfet de Vaucluse a procédé à un examen particulier de la situation du requérant.
4. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse a été adoptée après que M. A a été interpellé par les services de police, le 16 avril 2024, pour des faits de conduite sans permis de conduire et sans assurance. Le requérant a été mis à même, lors de son audition pour ces faits, de présenter des observations orales sur son droit au séjour en France et sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré en France en 2022, sans pour autant l'établir, aux côtés de son épouse, elle aussi de nationalité turque. Il ressort de ces pièces qu'un premier enfant est né de cette union à Avignon, le 19 janvier 2023, et que le couple attend un second enfant à naître en août 2024. Par ailleurs, leurs demandes d'asile respectives ont été rejetées par l'Office national de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA), décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile, et leurs demandes de réexamen ont été déclarées irrecevables par l'OFPRA. M. A a, par ailleurs, fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prononcée par le préfet des Bouches-du-Rhône le 12 mai 2023, qu'il n'a pas exécutée. Il ne produit, en outre, aucune preuve d'insertion socio-professionnelle sur le territoire français, si ce n'est la présence régulière d'un de ses frères. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, M. A n'établit pas avoir déplacé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'il dispose nécessairement d'attaches en Turquie, où il a vécu la majorité de son existence et où résident d'ailleurs ses parents, ainsi qu'il l'a déclaré. Il n'est, par conséquent, pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée méconnaîtrait les stipulations susvisées. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. M. A ne fait état d'aucune circonstance qui ferait obstacle à ce que sa cellule familiale, composée de son épouse, de leur enfant âgé de moins de deux ans à la date de la décision attaquée et de leur enfant à naître, ne puisse se reconstruire en Turquie. Le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations susvisées doit, par suite, être écarté.
10. En sixième lieu, en se bornant à faire valoir qu'il " convient de vérifier la proportionnalité " de la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, M. A ne critique pas utilement la légalité de cette décision.
11. En septième lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.
12. En huitième lieu, le moyen tiré de ce que la destination fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
13. En dernier lieu, selon l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. Ainsi qu'évoqué précédemment, M. A n'établit pas disposer de liens stables et intenses en France, où il réside depuis deux ans tout au plus. Il n'a, en outre, pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre. Il s'ensuit que la décision l'interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ne présente pas un caractère disproportionné, au regard des dispositions susvisées. Par ailleurs, compte tenu de l'état de ses relations personnelles sur le territoire français et dans son pays d'origine, tel que rappelé au point 7, cette décision ne méconnaît pas son droit au respect de sa vie privée et familiale.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
L. LAHMAR
La présidente,
C. BOYERLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026