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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401551

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401551

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCETINKAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, M. A C, représenté par Me Cetinkaya, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors que le défaut de prise en charge entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, contrairement à ce qu'a estimé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et qu'il justifie de circonstances humanitaires et exceptionnelles ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation ;

- " l'obligation de quitter le territoire français ne fait aucune mention du pays dans lequel " il devrait être éloigné d'office.

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a produit aucun mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mouret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 25 novembre 1990, déclare être entré en France au début de l'année 2022, muni d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " travailleur saisonnier " et valable jusqu'au 5 avril 2022. L'intéressé a sollicité, le 14 septembre 2023, la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 15 décembre 2023, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. C doit être regardé comme demandant l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 17 novembre 2023, régulièrement publié le

20 novembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de Vaucluse a consenti à Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire.

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de Vaucluse a estimé, au vu de l'avis émis le 4 décembre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical établi le 15 septembre 2023 par le Dr B, que M. C a été victime d'un accident de la circulation le 20 avril précédent et qu'il souffre d'un syndrome de stress post-traumatique lié à cet accident au cours duquel l'un de ses collègues est décédé. Toutefois, l'auteur de ce certificat, qui préconise une prise en charge pluridisciplinaire de l'intéressé, ne se prononce pas sur les conséquences de l'arrêt de la prise en charge médicale de M. C. Il en va de même des autres pièces médicales produites par le requérant. Dans ces conditions, les seules pièces versées aux débats ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'administration au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Vaucluse aurait fait une inexacte application de ces dispositions, ni qu'elle aurait commis une erreur manifeste d'appréciation à cet égard.

8. En quatrième lieu, M. C, qui déclare être entré en France au début de l'année 2022, ne se prévaut pas de liens intenses et stables sur le territoire français où il ne justifie pas d'une intégration particulière. Par ailleurs, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, l'arrêté contesté ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il suit de là que la préfète de Vaucluse n'a pas fait une inexacte application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

9. En cinquième lieu, si M. C soutient que des " circonstances humanitaires et exceptionnelles justifient en l'espèce que l'autorité administrative ne prononce pas d'obligation de quitter le territoire ", il n'assortit pas ses allégations sur ce point de précisions suffisantes. Par suite, ce moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige n'ayant ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel

M. C pourra être éloigné d'office, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette mesure d'éloignement serait illégale faute de mentionner ce pays. Au demeurant, la décision fixant le pays de destination, édictée à l'article 3 de l'arrêté contesté, précise que l'intéressé pourra être reconduit d'office dans le pays dont il a la nationalité ou dans tout pays dans lequel il est légalement admissible.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLa présidente,

C. BOYER

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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