mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LEONETTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 avril et 18 août 2024 et un mémoire enregistré le 22 octobre 2024 et non communiqué, Mme E G et M. A J, M. et Mme F et B K et M. H D et Mme C I demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le maire de Mérindol a délivré à la société Périn Grégory Immobilier un permis d'aménager un lotissement de quatre lots.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- le permis d'aménager en litige méconnaît l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU), l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le règlement sanitaire départemental de Vaucluse et l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection des bâtiments d'habitation contre l'incendie ;
- il est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) du secteur des Huguenots figurant dans le projet de révision du plan local d'urbanisme, de sorte que le maire aurait dû surseoir à statuer sur la demande.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 juillet et 16 septembre 2024, la société Périn Grégory Immobilier, représentée par Me Leonetti, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, ou à défaut de celles de l'article L. 600-5 de ce code, et en tout état de cause à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'ont pas intérêt à demander l'annulation de l'arrêté attaqué ;
- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2024, la commune de Mérindol, représentée par Me Légier, conclut au rejet de la requête à et ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Mme G, représentant les requérants, celles de Me Fekhardji, représentant la commune de Mérindol, et celles de Me Cezilly, représentant la société Périn Grégory immobilier.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 octobre 2023, la société Périn Gregory Immobilier a déposé auprès des services de la commune de Mérindol une demande de permis d'aménager un lotissement de quatre lots à bâtir sur un terrain situé lieu-dit " La Brullière ", parcelle cadastrée section AI n° 380, classée en zone UCa du PLU. Les requérants demandent au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le maire de Mérindol a délivré le permis d'aménager sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
3. D'autre part, selon l'article UC3 du règlement du PLU : " Pour être constructible, un terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée présentant les caractéristiques techniques adaptées aux usages qu'elle supporte et aux opérations qu'elle dessert (défense contre l'incendie, sécurité civile, ramassage des ordures). Les accès doivent également ne pas présenter de risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celles des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu notamment de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. () Les bâtiments doivent être situés à moins de 50 mètres de la voie ouverte à la circulation publique et accessibles à partir de celle-ci par une voie carrossable d'une pente inférieure ou égale à 15% et d'une largeur supérieure ou égale à 3 mètres. Si cette voie est en impasse, elle devra comporter en son extrémité une placette de retournement présentant les caractéristiques définies ci-dessous, issues du Règlement opérationnel du Service Départemental d'Incendie et de Secours de Vaucluse arrêté par le Préfet le 8 avril 2013 ".
4. Le permis d'aménager, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient pas de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique. Par ailleurs, il résulte des dispositions des articles L. 1424-2 à L. 1424-4 du code général des collectivités territoriales que les services publics d'incendie et de secours sont, dans le cadre de leurs missions de protection et de secours, en droit d'intervenir sur tout le territoire de la commune, sans que puisse leur être opposé le caractère privé des voies qu'ils doivent emprunter. Dès lors, pour apprécier les possibilités d'accès de ces services au même terrain d'assiette, il appartient seulement à l'autorité compétente et au juge de s'assurer que les caractéristiques physiques d'une voie d'accès permettent l'intervention de leurs engins, la circonstance que cette voie ne serait pas ouverte à la circulation publique ou grevée d'une servitude de passage étant sans incidence.
5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est desservi par la route départementale n° 973, également dénommée avenue des Brullières, puis par un chemin aménagé sur des parcelles privées sur lequel la parcelle en cause bénéficie d'une servitude de passage. Les requérants, qui sont pour certains d'entre eux propriétaires d'une partie des terrains constituant l'assiette de cette servitude, font valoir que le chemin qu'elle compose n'est pas ouvert à la circulation publique. Cependant, la seule production de photographies non datées faisant apparaître des panneaux " propriété privée - défense d'entrer " apposés à l'entrée dudit chemin est insuffisante à démontrer qu'il n'était pas affecté à l'usage du public à la date de délivrance du permis attaqué, alors que le consentement des propriétaires d'une voie privée à un tel usage peut être tacite et que les panneaux en question ne figurent pas sur les photographies jointes au dossier de demande de permis d'aménager. Dès lors, la distance entre les bâtiments projetés et la voie ouverte à la circulation publique visée à l'article UC3 ne doit pas, contrairement à ce qui est soutenu, être calculée par rapport à l'avenue des Brullières mais par rapport à ce chemin privé, et il n'est ni allégué ni établi par les requérants que cette distance serait supérieure à 50 mètres. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la nature privée de ce chemin ne fait pas, par elle-même, obstacle au passage des véhicules d'incendie et de secours. En outre, il ressort du procès-verbal de constat de commissaire de justice produit par les requérants et établi le 19 mars 2024 que cette voie présente une largeur minimale de 3,60 mètres, s'élevant parfois à plus de 5 mètres. L'avis émis par le service départemental d'incendie et de secours de Vaucluse sur le projet le 31 octobre 2023 fixe, en outre, des préconisations relatives aux caractéristiques de cette voie et de l'aire de retournement qu'elle comporte et l'arrêté contesté est assorti d'une prescription imposant qu'elles soient strictement respectées. Les requérants ne sont, dès lors, pas fondés à soutenir que la voie privée desservant le projet ne serait pas accessible aux véhicules d'incendie et de secours. En outre, les dispositions de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection des bâtiments d'habitation contre l'incendie, qui ne figurent pas parmi les dispositions dont l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme doit assurer le respect, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre du permis attaqué.
6. De même, si le chemin privé susvisé comporte un virage rendant difficile le croisement des véhicules à cet endroit, ses caractéristiques ne paraissent, pour autant, pas inadaptées à l'usage qui en sera fait dans le cadre du projet dans la mesure où il est rectiligne dans sa portion restante et présente une visibilité suffisante. Les conditions générales de circulation sur l'avenue des Brullières ne peuvent, en outre, être invoquées pour démontrer que la desserte du projet présenterait un caractère insuffisant. Aussi, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la réalisation d'une aire de dépôt des conteneurs d'ordures ménagères, dont la notice descriptive indique qu'ils seront à retirer au plus tôt après le ramassage des déchets, au niveau du débouché du chemin privé sur l'avenue des Brullières. Si les requérants affirment que les conteneurs ne pourront en réalité pas être entreposés à cet endroit, les éléments qu'ils produisent ne permettent pas de l'établir et le permis attaqué n'a, en tout état de cause, pour seul objet que d'autoriser le projet tel qu'il figure dans la demande. Il ne ressort, en outre, d'aucune des pièces du dossier que l'aménagement de l'aire de dépôt des conteneurs à cet endroit entraînerait un risque pour la circulation des piétons et des véhicules. Il s'ensuit que les caractéristiques de la voie privée desservant le projet sont également adaptées en ce qui concerne le ramassage des ordures, les dispositions du règlement sanitaire départemental de Vaucluse ne pouvant d'ailleurs être utilement invoquées sur ce point.
7. Enfin, si les requérants critiquent les caractéristiques du débouché du chemin privé desservant le terrain sur la route départementale n° 973, celui-ci ne constitue pas l'accès au terrain, qui correspond au débouché du chemin privé sur la parcelle. En tout état de cause, la route départementale n° 973 est rectiligne à cet endroit, où les véhicules bénéficient d'une visibilité suffisante. Les requérants ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que l'accès projeté présenterait un risque pour la sécurité publique. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le moyen tiré de la violation des articles UC3 du règlement du PLU et R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.
8. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. "
9. D'autre part, un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis d'aménager que lorsque l'état d'avancement des travaux d'élaboration du nouveau plan local d'urbanisme ou de révision de ce plan permet de préciser la portée exacte des modifications projetées. Il ne peut, en outre, être opposé qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir, et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.
10. Il ressort des pièces du dossier que la révision du plan local d'urbanisme de Mérindol a été prescrite par délibération du conseil municipal du 15 décembre 2022 et que le projet de révision du plan a été arrêté par délibération du 28 mars 2024. Les requérants n'établissent pas que le projet de révision avait atteint, à la date à laquelle la demande de permis d'aménager a été déposée, un état d'avancement tel que le maire de Mérindol aurait légalement pu surseoir à statuer sur celle-ci. En tout état de cause, si le projet de révision du plan comporte une orientation d'aménagement et de programmation relative au secteur des Huguenots, laquelle vise notamment à améliorer la circulation dans la zone et, pour ce faire, à créer une voie reliant le chemin des Huguenots à l'avenue des Brullières, les requérants ne démontrent nullement en quoi le projet serait incompatible avec le contenu de cette orientation, ni à plus forte raison qu'il serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du plan en cours de révision. Les requérants ne sont, par conséquent, pas fondés à soutenir que le maire aurait dû opposer un sursis à statuer à la demande de la société pétitionnaire.
11. Il résulte de ce tout qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants deux sommes de 600 euros à verser à la commune de Mérindol, d'une part, et à la société Périn Grégory Immobilier, d'autre part, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G et autres est rejetée.
Article 2 : Les requérants verseront à la commune de Mérindol une somme de 600 euros et à la société Périn Grégory Immobilier une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G, première dénommée dans la requête, à la commune de Mérindol et à la société Périn Grégory Immobilier.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024 où siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Lahmar, conseillère,
Mme Hoenen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 décembre 2024.
La rapporteure,
L. LAHMAR
La présidente,
C. BOYERLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026