mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401566 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, M. B A, représenté par la SELARL Chaïma El Mabrouk, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une autorisation de séjour en sa qualité de parent de deux enfants français au titre de sa vie privée et familiale ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, outre que sa requête est recevable, que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont inopérants ou infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Aymard.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 2 juillet 1977, a été interpelé par les services de police le 16 avril 2024 pour des faits de travail dissimulé notamment. L'intéressé a fait l'objet le même jour d'un arrêté par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 16 avril 2024.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". En vertu de l'article 371-2 du code civil, chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. En application de ces dispositions, il appartient au juge administratif d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment des ressources de chacun des deux parents et des besoins de l'enfant, la contribution financière de l'intéressé à l'entretien de son enfant et son implication dans son éducation.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est père de deux enfants français nés le 27 septembre 2010 et le 8 janvier 2019. Il est séparé de la mère de ses enfants depuis 2020. Les documents qu'il produit sont notamment constitués des copies des actes de naissance et de reconnaissance des enfants, de leur certificat de nationalité française, de certificats de scolarité, d'attestations établies par la mère des enfants en 2017 et 2021 et d'un jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Carpentras du 14 janvier 2021 décidant d'un exercice conjoint de l'autorité parentale, de leur résidence habituelle au domicile maternel, d'un droit de visite et d'hébergement un week-end sur deux et la moitié des vacances ainsi que d'une part contributive paternelle fixée à 100 euros par mois. Il produit également des photographies non datées prises avec ses enfants, la copie de mandats " Western Union " de versement d'espèces sur le compte de la mère de ses enfants durant la période comprise entre février 2018 et septembre 2022 et des tickets de courses. Toutefois, les attestations fournies et les autres pièces produites à l'instance ne suffisent pas à établir que le requérant contribue effectivement à l'éducation de ses enfants en l'absence notamment de toutes précisions sur les modalités selon lesquelles il exerce effectivement le droit de visite et d'hébergement qui lui a été accordé par l'autorité judiciaire et à défaut de tout élément démontrant une participation active de l'intéressé aux décisions concernant notamment la scolarisation et la santé de ces enfants, ainsi que l'implique l'autorité parentale. En outre, les pièces versées aux débats ne permettent pas d'établir que l'intéressé contribuerait depuis octobre 2022 à l'entretien de ses deux enfants. Dans ces conditions, en l'état des pièces du dossier, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Comme cela a été dit précédemment, M. A, qui est célibataire, n'établit pas suffisamment participer à l'éducation de ses enfants et ne justifie d'aucune contribution à l'entretien de ses enfants depuis octobre 2022. Par ailleurs, il ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle par la seule production d'une promesse d'embauche établie le 25 janvier 2021 pour un emploi d'aide-coffreur. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national nonobstant la présence en France de son père et de deux de ses frères, dès lors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté, étant précisé que le retour au Maroc de M. A ne le prive pas de la possibilité de rendre visite régulièrement à ses enfants.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024 qu'il conteste.
9. Par voie de conséquence, les conclusions du requérant à fin d'injonction doivent être rejetées, ainsi que celles formées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
Le rapporteur,
F. AYMARD
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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