mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 avril et le 17 juin 2024, M. A B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour, ou subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- en affirmant qu'il se trouve hébergé par l'association Adejo, le préfet a commis une erreur de fait ;
- il n'a pas procédé à un examen réel et complet de la situation de l'intéressé ;
- il a insuffisamment motivé son arrêté ;
- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- son retour dans son pays d'origine l'exposerait à des conséquences d'une exceptionnelle gravité et son état de santé ne lui permet pas de voyager vers celui-ci ;
- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- et les observations de Me Ruffel, représentant M. B.
Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 1er juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien né le 10 septembre 1959, entré en France en 2017 ou en 2018 selon ses déclarations, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture. M. C disposait, en vertu d'un arrêté n° 30-2023-11-06 du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation suffisamment précise à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.;
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté mentionne que M. B est hébergé par l'association Adejo, correspondant à l'adresse portée sur la demande, alors que l'intéressé soutient être hébergé par son fils. Toutefois, à la supposer établie, cette dernière circonstance n'est pas à elle seule de nature à faire regarder l'arrêté attaqué comme entaché d'une illégalité, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que les autres motifs de son arrêté.
4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, et en particulier son parcours administratif depuis son arrivée en France, et l'avis par lequel le collège des médecins de l'OFII s'est prononcé sur sa situation médicale. Dès lors, le préfet du Gard, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a suffisamment motivé son arrêté. La seule circonstance qu'il n'a pas fait état de la présence en France des enfants et petits-enfants de l'intéressé, ne permet pas de considérer qu'il ne se serait pas livré à un examen réel et complet de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation, et du défaut d'examen particulier, doivent être écartés.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. () ".
6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Pour refuser de faire droit à la demande que M. B présentait sur le fondement des dispositions citées au point 5, le préfet du Gard s'est fondé sur l'avis rendu le 4 janvier 2024 par le collège des médecins de l'OFII. Selon cet avis, l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences médicales d'une exceptionnelle gravité, mais eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. B fait valoir que le sens de cet avis diffère de ceux antérieurement rendus, qu'il est atteint de plusieurs pathologies handicapantes et qu'il a besoin de l'assistance de ses proches. Toutefois, il ressort des pièces médicales, produites par M. B, que si l'intéressé présente des risques de pathologies cardiovasculaires, son état est actuellement stabilisé et fait l'objet d'un simple suivi. Sa rétinopathie diabétique a été opérée, son diabète de type 2 est qualifié de " tout à fait satisfaisant ". En se bornant à se prévaloir des énonciations à caractère général sur les lacunes du système de santé géorgien, décrites par un rapport rédigé dans le cadre d'un partenariat entre la Clinique de l'Ecole de droit de Sciences Po et Habitat-Cité, paru le 25 septembre 2023, et du traitement mentionné dans un courrier médical du 13 septembre 2022, M. B n'apporte pas des éléments suffisants pour remettre en cause l'effectivité de son accès à une prise en charge adaptée dans son pays d'origine, ni davantage l'impossibilité dans laquelle il se trouverait de voyager vers ce pays. Par ailleurs, s'il fait valoir un certificat médical peu circonstancié du 6 avril 2024, selon lequel il a besoin de l'assistance de ses proches, il ne ressort pas des pièces du dossier que seuls ceux-ci seraient en mesure de lui apporter une telle assistance. Au demeurant, son épouse, qui a la même nationalité et qui ne justifie pas d'une autorisation de séjour en France, serait en mesure de lui apporter une telle assistance. Dans ces conditions le moyen, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France, au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. M. B, entré en France avec son épouse en 2017 ou en 2018 selon ses déclarations, a formulé une demande d'asile qui lui a été refusée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le recours dirigé contre cette décision a été rejeté le 28 février 2020. Il a fait l'objet le 17 avril 2019 d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, que le tribunal administratif de Nîmes a annulée le 26 juin 2019 au motif que l'intéressé avait été entretemps victime d'un accident vasculaire cérébral. S'il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour, plusieurs fois renouvelé en raison de son état de santé, ce titre ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement en France. Il a vécu dans son pays d'origine au moins jusqu'à l'âge de 58 ans et son épouse, qui a la même nationalité que lui, s'est également vu refuser l'asile, ne justifie pas de la régularité de son séjour en France, et a vocation à retourner dans son pays d'origine. Dans ces conditions, alors même que ses enfants et petits-enfants résident en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus qui lui a été opposé porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
10. En sixième et dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par M. B n'est de nature à établir que le préfet du Gard a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle l'intéressé.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions accessoires :
12. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.
13. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat sur leur fondement.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ruffel et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Baccati, premier conseiller,
M. Parisien, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet de du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026