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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401660

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401660

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCARLINI ET ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nîmes, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme C D. Cette mesure vise à évaluer l'ensemble des préjudices subis suite à son accident de service du 5 octobre 2021, reconnu imputable au service par le centre hospitalier du Pays d'Aix-Pertuis. Le tribunal a considéré que cette expertise était utile en vue d'un éventuel recours en réparation, et a rejeté la demande de pré-rapport de l'hôpital, aucune disposition légale n'imposant une telle obligation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2024, Mme C D, représentée par la SELARL Frechet AMG, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale aux fins de déterminer les préjudices qu'elle impute à son accident de service du 5 octobre 2021.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier du Pays d'Aix-Pertuis a reconnu son accident intervenu le 5 octobre 2021 comme étant imputable au service ;

- elle a été examinée par le docteur B qui a conclu la date de consolidation de son état de santé au 11 mars 2024 avec un taux d'incapacité partielle permanente (IPP) à hauteur de 6 % ;

- la mesure d'expertise aura pour objet de déterminer l'ensemble des préjudices subis du fait de son accident en prévision de l'introduction d'un recours au fond visant à obtenir la réparation des préjudices qu'elle a subi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le centre hospitalier du Pays d'Aix-Pertuis, représenté par Me Le Goues, conclut :

1°) à ce qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, mais fait part de ses protestations et réserves sur l'éventuelle imputabilité au service de l'accident de la requérante ;

2°) à ce que l'expert dépose un pré-rapport ;

3°) au rejet de toute autre demande, notamment le versement d'une provision ou d'une condamnation au titre des frais irrépétibles

4°) à la réserve des dépens.

Il fait valoir qu'il ne s'oppose pas à la mesure sollicitée par la requérante, mais qu'il émet ses réserves les plus expresses quant à l'imputabilité des préjudices au service dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Aux termes de l'article R. 532-3 du même code : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées. / Il peut, dans les mêmes conditions, étendre la mission de l'expertise à l'examen de questions techniques qui se révélerait indispensable à la bonne exécution de cette mission, ou, à l'inverse, réduire l'étendue de la mission si certaines des recherches envisagées apparaissent inutile. Aux termes de l'article R. 621-7-1 de ce code : " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-9 du même code : " Le rapport est déposé au greffe en deux exemplaires, des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer sous forme électronique () ".

2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.

3. Il résulte de l'instruction que la mesure d'expertise demandée par Mme D, qui entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, apparait utile à la solution d'un litige susceptible d'être porté devant le juge administratif, compte tenu de l'accident survenu le 5 octobre 2021, reconnu imputable au service, et au regard des éléments médicaux versés aux débats. Par conséquent, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. L'établissement d'un pré-rapport ne constitue qu'une modalité opérationnelle de l'expertise. Il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Les conclusions du centre hospitalier du Pays d'Aix-Pertuis tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertise :

5. En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartient, non au juge des référés, mais au seul président de la juridiction administrative, lorsqu'il fixe les frais et honoraires de l'expertise, de désigner celle des parties qui devra s'en acquitter. En vertu de l'article R. 761-1 de ce code, la mise à la charge définitive des dépens, au nombre desquels figurent les honoraires et frais d'expertise, relève de la compétence du juge du fond qui, sous réserve de dispositions spéciales et sauf circonstances particulières de l'affaire, doit mettre ces dépenses à la charge de la partie perdante. Par suite, les conclusions tendant à ce que le juge des référés statue sur les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme le Dr A E, demeurant 110 A rue Edmond Rostand à Marseille (13006) est désignée comme experte avec pour mission de :

1° - Se faire communiquer et prendre connaissance de tous documents, administratifs ou médicaux relatifs à l'état de santé de Mme D, utiles à la solution du litige ;

2° - Entendre contradictoirement les parties, leurs conseils convoqués et entendus ;

3° - Procéder à l'examen sur pièces du dossier médical et du dossier administratif de Mme D et à son examen clinique ;

4° - Décrire l'état de santé de Mme D, l'historique des affections dont elle souffre, et leur évolution au regard de l'accident de service du 5 octobre 2021, en précisant les soins passés et en cours ;

5° - Indiquer la date de consolidation ou, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ; dire si l'état de Mme D est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évaluation, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions ;

6° - Déterminer la date à partir de laquelle Mme D était en mesure ou, le cas échéant, sera en mesure de reprendre ses fonctions, en précisant les conditions de cette reprise (plein-temps, mi-temps thérapeutique, poste aménagé ou autre) ;

7° - Déterminer l'ensemble des préjudices patrimoniaux subis par Mme D en lien avec l'accident survenu le 5 octobre 2021, qu'ils soient temporaires, incluant notamment les dépenses de santé actuelles, les pertes de gains professionnels actuels et les frais divers, ou permanents, incluant notamment les dépenses de santé futures, les pertes de gains professionnels futurs, l'incidence professionnelle, les frais d'adaptation du logement et / ou du véhicule à sa pathologie, l'assistance éventuelle par un tiers et les frais divers futurs ;

8° - Déterminer l'ensemble des préjudices extra patrimoniaux subis par Mme D en lien avec l'accident survenu le 5 octobre 2021, qu'ils soient temporaires, incluant notamment le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées et le préjudice esthétique temporaire, ou permanents suite à la fixation de la date de consolidation, incluant notamment le déficit fonctionnel permanent, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel et les autres préjudices éventuels ;

9° - D'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des préjudices subis par Mme D.

Article 2 : L'experte accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Elle ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de Mme D et du centre hospitalier du Pays d'Aix-Pertuis.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires avant le 28 février 2025, dont un exemplaire sous format numérique. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, au centre hospitalier du Pays d'Aix-Pertuis et Mme le Dr A E, experte.

Fait à Nîmes, le 29 août 2024

La présidente de la 4ème chambre,

C. CHAMOT

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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