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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401672

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401672

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLONGERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 26 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Longeron, demande au tribunal:

- d'annuler l'arrêté n° ASI/84/2024/41 du 15 avril 2024 par lequel le préfet de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi.

Elle soutient que :

- sa requête devant la CNDA n'était pas irrecevable ;

- pour demander un titre de séjour sur un autre fondement elle doit attendre que l'enfant qu'elle porte soit né.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mai 2024 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Longeron, pour Mme A, qui fait valoir que la requérante court des risques en cas de retour en Côte d'Ivoire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Mme B A, née le 19 avril 1987 à Samena (Côte d'Ivoire), de nationalité ivoirienne, a déposé le 17 mars 2023 demande d'asile, rejetée le 13 novembre 2023 par l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA). La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) l'a déboutée le 28 mars 2024 de son recours formé contre cette décision de refus. Par un arrêté en date du 26 mars 2024, qui est l'acte attaqué, le préfet de Vaucluse a refusé d'admettre au séjour Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. La mesure d'éloignement concernant la requérante a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".

3. Le moyen tiré de ce que, contrairement à ce que mentionne le préfet, sa requête n'a pas fait l'objet d'une décision de rejet pour irrecevabilité mais d'une décision au fond, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, le préfet ne s'étant pas fondé sur le motif d'irrecevabilité pour prendre la mesure d'éloignement, mais ayant au contraire rappelé que la Cour nationale du droit d'asile avait estimé que ni les pièces du dossier, ni les déclarations faites par l'intéressée en séance publique n'avaient permis de tenir pour fondées les craintes énoncées.

4. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / (). " Mme A fait valoir qu'il ne saurait lui être reproché de n'avoir pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement que l'asile, dès lors que ce n'est qu'à la naissance de l'enfant qu'elle porte qu'elle pourra faire une demande de titre de séjour en conséquence. Toutefois la requérante ne justifie pas ne pas être hors d'état de voyager vers son pays d'origine. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'au regard de son état de grossesse le préfet ne pouvait pas ordonner son éloignement à la suite du rejet de la demande d'asile.

Sur la décision fixant le pays de retour :

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces textes font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Mme A fait valoir des craintes énoncées en raison de sa soustraction à un mariage forcé, en raison de son opposition à l'excision et en raison d'une relation hors mariage. Toutefois ces craintes ont été écartées par la décision du 28 mars 2024 de la Cour nationale du droit d'asile, et la requérante ne justifie en rien devant le tribunal que ces craintes seraient fondées. Le moyen tiré de la violation des stipulations et dispositions précitées ne peut dès lors être qu'écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2024 ne peut être que rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Vaucluse et à Me Longeron.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401672

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