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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401711

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401711

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRIVIERE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Deleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'a pas été procédé à un examen particulier et sérieux de sa demande de titre de séjour ;

- en n'examinant pas sa demande au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Vaucluse a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été adoptée en violation de son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise, est entrée en France le 26 septembre 2021 sous couvert d'un visa long séjour qui lui a été délivré en qualité d'étudiante. Par une demande enregistrée par les services de la préfecture de Vaucluse le 23 octobre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ;

2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. " D'autre part, l'article L. 421-1 du même code dispose que : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. () "

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A, le préfet de Vaucluse a relevé que le diplôme qu'elle avait obtenu le 17 octobre 2022 et produit à l'appui de sa demande de titre de séjour ne figurait pas parmi ceux permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante ne conteste pas le bien-fondé de ce motif et soutient que, bénéficiant d'un contrat de travail à durée déterminée, elle a indiqué à plusieurs reprises aux services de la préfecture de Vaucluse qu'elle souhaitait modifier le fondement de sa demande de titre de séjour, qu'elle entendait désormais solliciter au titre des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, la seule production d'un courriel non daté, mais dont le contenu fait apparaître qu'il a nécessairement été envoyé après le 20 mars 2024, ne permet pas de démontrer qu'elle aurait fait connaître aux services de la préfecture son souhait de changement le fondement de sa demande de titre de séjour en temps utile, alors que la décision de refus en litige a été adoptée le 26 mars suivant. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que sa demande de titre de séjour n'aurait, au regard de ces éléments, pas fait l'objet d'un examen particulier et sérieux.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu par la requérante, la seule circonstance qu'elle aurait joint à sa demande de titre de séjour le contrat de travail à durée déterminée dont elle bénéficiait n'imposait pas au préfet d'examiner sa demande de titre de séjour à l'aune des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce qu'en ne procédant pas d'office à cet examen, le préfet de Vaucluse aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

6. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

7. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, Mme A, qui ne démontre pas, ainsi qu'exposé au point 3, qu'elle aurait fait connaître aux services préfectoraux son souhait de modifier le fondement de sa demande de titre de séjour en temps utile, n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français aurait été adoptée en violation de son droit d'être entendue.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Ainsi qu'exposé au point 1, Mme A est entrée en France le 26 septembre 2021, soit moins de trois ans avant l'adoption de la décision litigieuse, afin d'y poursuivre ses études. La seule circonstance qu'elle y exerce désormais une activité salariée par le biais d'un contrat à durée indéterminée est insuffisante à démontrer qu'elle aurait déplacé sur le territoire français le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'elle dispose nécessairement d'attaches en Chine où elle a vécu la majorité de son existence. Par ailleurs, si Mme A se prévaut d'une relation avec un ressortissant français, elle n'a produit aucune pièce de nature à établir la réalité, la stabilité et l'ancienneté de cette relation. Il résulte de ces éléments qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Vaucluse n'a pas méconnu le droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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