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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401755

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401755

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401755
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet du Gard du 12 mars 2024 lui refusant un certificat de résidence et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et de vice de procédure, l'avis médical de l'OFII ayant été produit. Sur le fond, il a jugé que le préfet n'avait pas méconnu les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, l'état de santé de l'intéressé ne justifiant pas la délivrance d'un titre de séjour. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant les demandes d'injonction et au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2024, M. C A B, représenté par Me Chabbert-Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- en l'absence de production de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la décision de refus de certificat de résidence est entachée d'un vice de procédure ;

- cette décision de refus méconnaît le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de certificat de résidence ;

- cette mesure d'éloignement méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est illégale dès lors qu'il peut bénéficier de la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces enregistrées le 26 septembre 2024 ainsi que des observations enregistrées le 1er octobre 2024, lesquelles ont été communiquées.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- et les observations de Me Chabbert-Masson, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 27 juin 1951 et déclarant être entré pour la dernière fois en France au cours du mois de mars 2022, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 12 mars 2024, le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé, pour le préfet du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture, lequel disposait, en vertu d'un arrêté du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté se réfère à l'avis émis le 7 mars 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le préfet du Gard ayant produit cet avis relatif à l'état de santé de M. A B dans le cadre de la présente instance, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de certificat de résidence en litige est entachée d'un vice de procédure en l'absence de communication de l'avis en cause.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 7° Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

5. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui se prévaut de ces stipulations, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale en Algérie. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le certificat de résidence sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que, dans son avis émis le 7 mars 2024, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de M. A B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. M. A B, qui a levé le secret médical et établit avoir subi une laryngectomie totale le 23 juin 2022 au centre hospitalier de Créteil, soutient que le dispositif médical dont il bénéficie depuis cette opération n'est pas disponible dans son pays d'origine. Toutefois, les seuls documents médicaux versés aux débats par le requérant ne permettent pas, eu égard à leur contenu, de corroborer ses allégations sur ce point. Il ressort au contraire des observations présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre de la présente instance que les canules de trachéotomie et le dispositif annexe sont disponibles en Algérie. Dans ces conditions, en refusant de délivrer le certificat de résidence sollicité, le préfet du Gard n'a pas fait une inexacte application des stipulations citées ci-dessus du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

7. En quatrième lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de certificat de résidence ayant été écartés, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement serait privée de base légale du fait de l'illégalité de ce refus.

8. En cinquième lieu, M. A B, qui se prévaut uniquement à cet égard de ses problèmes de santé, ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la mesure d'éloignement en litige, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet de le renvoyer vers son pays d'origine. En tout état de cause, l'intéressé peut bénéficier d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine ainsi qu'il a été dit au point 6.

9. En sixième lieu, M. A B, qui ne peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi qu'il a été dit, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Gard ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français.

10. En septième et dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie de M. A B serait menacée en Algérie, pays dans lequel l'intéressé pourra bénéficier d'un suivi médical approprié ainsi qu'il a été dit au point 6. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet du Gard ainsi qu'à Me Chabbert-Masson.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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