jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2401852 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 avril 2024, Mme C D, représentée par Me Gathelier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 26 février 2024 par laquelle la commission départementale de médiation de Vaucluse a rejeté sa demande en vue d'une offre d'hébergement dans les conditions prévues au III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de la reconnaitre comme étant prioritaire ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1990 à verser à son conseil sous réserve de la renonciation de celle-ci à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen particulier de leur situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation en ce qu'elle est fondée sur leur maintien indu en centre d'hébergement pour demandeurs d'asile, lequel a un caractère précaire, sur un potentiel accompagnement par le SIAO, et sur l'irrégularité de leur situation administrative depuis le rejet de la demande d'asile alors que le droit à l'hébergement est inconditionnel ; elle considère à tort qu'ils bénéficient d'un hébergement temporaire alors qu'il s'agit d'un maintien indu ;
- la décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation personnelle et familiale, particulièrement vulnérable compte tenu de la présence de leurs deux jeunes enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 24 juillet 2013 relatif au nouveau formulaire de demande de logement locatif social et aux pièces justificatives fournies pour l'instruction de la demande de logement locatif social ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les litiges énumérés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chamot a été entendu au cours de l'audience du 17 septembre 2024, qui s'est tenue en l'absence des parties.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, de nationalité nigériane, a saisi le 2 février 2023 la commission départementale de médiation du droit au logement opposable de Vaucluse d'une demande d'hébergement, pour elle, son époux et leurs enfants, sur le fondement des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Lors de la séance du 20 février 2024, par la décision attaquée, la commission départementale de médiation a rejeté cette demande.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".
5. En l'espèce, pour rejeter la demande de Mme D, la commission de médiation de Vaucluse a considéré, au visa des articles L. 300-1, L. 441-2-3 III et R. 441-13 et suivants du code de la construction et de l'habitation, que Mme D, déboutée du droit d'asile, était hébergée en CADA, n'était pas sans abri à ce jour, qu'elle n'a effectué aucune démarche préalable depuis juillet 2023, que le recours DAHO doit rester un dernier recours et que la condition d'urgence n'était pas établie au regard du droit à l'hébergement opposable. Par suite, la décision attaquée, qui comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et établit que la commission a procédé à un examen particulier de la situation de Mme D.
6. En deuxième lieu, aux termes du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région () ".
7. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes d'une personne tendant à être déclarée prioritaire et devant être accueillie d'urgence dans une structure d'hébergement relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une telle décision, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande d'hébergement à la date de la décision attaquée, ces deux critères étant cumulatifs.
8. Il résulte des dispositions citées au point 6 que les conditions réglementaires d'accès à l'hébergement sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer. Si les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire, n'ont pas vocation en principe à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge, de vérifier si des circonstances particulières justifient qu'ils soient reconnus comme prioritaires et devant être hébergés en urgence.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée Mme D, déboutée définitivement de l'asile, se maintenait au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) de l'association Passerelle à Avignon avec M. E D et leurs deux jeunes enfants B et A. Le maintien indu dans un tel hébergement, qui présente un caractère précaire, ne saurait être assimilé à celui prévu par les dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la reconnaissance du droit à un hébergement par une décision d'une commission de médiation doit constituer, pour les demandeurs qui en bénéficient, une étape vers l'accès à un logement autonome, l'hébergement attribué à des demandeurs reconnus comme prioritaires par une commission de médiation devant ainsi présenter un caractère de stabilité, afin, notamment, de leur permettre de bénéficier d'un accompagnement adapté vers l'accès au logement. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la commission de médiation a entaché sa décision d'une erreur de droit en lui opposant le motif tiré de ce qu'elle n'était pas sans abri à ce jour compte tenu de son hébergement en structure d'accueil pour demandeurs d'asile.
10. Toutefois, en troisième et dernier lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle est également fondée, au terme d'une appréciation globale de la situation de l'intéressée, déboutée du droit d'asile, sur le motif distinct tiré de ce qu'aucune situation d'urgence n'est établie au regard du droit à l'hébergement opposable. En se limitant à produire une attestation d'un membre de l'association Collectif réfugiés du Vaucluse, en date du 26 avril 2024, certifiant que Mme D a appelé le 115, la requérante n'établit pas que la commission de médiation de Vaucluse aurait entaché son analyse d'une erreur manifeste d'appréciation quant au caractère urgent de sa demande d'hébergement, lequel ne saurait résulter, en l'absence d'autres précisions, de la seule présence de deux jeunes enfants.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette la requête de Mme D, n'implique aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, une quelconque somme au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La magistrate désignée,
C. CHAMOT
La greffière,
F. BELKAÏD
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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